Salle de marchés

Une salle de marchés est une salle où sont rassemblés les opérateurs de marché intervenant sur les marchés financiers.



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Une salle de (s) marchés est une salle où sont rassemblés les opérateurs de marché intervenant sur les marchés financiers.

Salle des marchés de RVS

L'usage sert à désigner fréquemment la salle des marchés par le terme de front-office.

Les pays anglo-saxons et d'autres pays utilisent le terme de trading-room, ou alors de dealing-room ou de trading-floor. Le terme de floor (parquet) est inspiré de celui d'une bourse cotant à la criée.

Avec l'effacement progressif de la cotation à la criée au profit des bourses électroniques, la salle des marchés devient l'unique lieu de vie emblématique du marché financier.

C'est aussi le plus fréquemment là que sont mises en œuvre les technologies de l'information les plus récentes avant d'être disséminées dans les autres secteurs de l'établissement financier.

Origine

Le terme français de salle des marchés a été découvert par la Banque Indosuez en 1982[1], qui est aussi la première banque en Europe à en créer une, cette année-là, sur un plateau de 1 000 m2, rue de Courcelles à Paris, tandis que ce concept s'est vu consacré depuis plusieurs années aux États-Unis.

À cette époque, les activités financières étaient scindées en tout autant de départements, répartis parfois sur plusieurs sites, qu'il y a de segments de marché : marché interbancaire (domestique et devises), marché des changes, financement à long terme, bourse, marché obligataire… En rassemblant ces équipes en un lieu unique, Indosuez, puis les établissements qui suivront son exemple peu après, veulent favoriser :

– une meilleure diffusion des informations de marché, pour une plus grande réactivité des opérateurs ;
– une confrontation d'idées sur l'évolution des marchés et leurs opportunités ;
– une coordination des desks dans l'action commerciale.

Contexte

Les salles des marchés apparaissent dans un premier temps au sein des maisons de titres américaines, telles que Morgan Stanley, à partir de 1971, avec la création du NASDAQ, qui requiert chez elles une table actions, et le développement du marché secondaire des produits de dette, surtout fédérale, qui requiert une table obligataire.

La propagation en Europe des salles des marchés, entre 1982 et 1987, est ensuite impulsée par deux réformes sur l'organisation des marchés financiers mises en œuvre environ simultanément en Grande-Bretagne et en France.

En Grande-Bretagne, le Big bang sur le London Stock Exchange, efface la distinction des rôles de courtier (broker) et de market-maker (jobber) et incite les banques américaines, jusque-là interdites d'accès à la bourse de Londres, d'y installer une salle des marchés.

En France, la déréglementation des activités financières[2], conduite par Pierre Bérégovoy, ministre de l'Économie et des Finances, entre 1984 et 1986, se traduit surtout par la création d'un marché de titres de créances négociables, la création de contrats à terme de taux d'intérêt, avec le MATIF, et d'options négociables avec le MONEP, la modernisation de la gestion de la dette publique, avec l'introduction des obligations assimilables du Trésor et la création du statut de SVT[3]. La naissance de ces nouveaux compartiments de marché nomme la création de nouveaux postes d'opérateurs dans les salles des marchés.

Métiers

Une salle des marchés sert deux types de métier :

– le trading, et l'arbitrage, métier des banques d'investissement et des courtiers ; le monde anglo-saxon utilise couramment le terme de sell-side ;
– l'investissement, métier des sociétés de gestion d'actifs et des investisseurs institutionnels ; les anglo-saxons utilisent le terme de buy-side.

Les banques d'investissement sont les premières à avoir rassemblé leurs équipes en salle des marchés, les gros investisseurs les ont suivi ultérieurement.

Le type de métier détermine des spécificités dans l'organisation et l'équipement logiciel de la salle des marchés.

Organisation

Article connexe : front office (finance) .

Les salles des marchés sont généralement organisées en desks, ou tables, spécialisés par produits ou segment de marché (actions, taux courts, taux longs, options…), qui partagent un large open space.

Dans la salle d'une banque d'investissement, un desk distingue généralement :

Les commerciaux (sales) concluent avec leurs clients des opérations dont les termes leur sont spécifiques. Concentrés sur la relation clientèle, ils interviennent le plus souvent sur la majorité des produits.

Un desk

Plusieurs grandes institutions ont regroupé leurs desks cash et dérivés, alors que d'autres, comme UBS ou la Deutsche Bank, par exemple, mettant l'accent sur la relation avec la clientèle, structurent leur salle des marchés à partir des desks de sales[4].

Dans les plus grosses salles, certains opérateurs travaillent off shore pour le compte d'une autre entité du groupe localisée dans un autre fuseau horaire. Ainsi, une salle peut avoir à Paris des traders détachés par la filiale de New York et dont les horaires de travail sont décalés en conséquence. Sur la table de changes, et parce que ce marché fonctionne 24h sur 24 suivant les fuseaux horaires, une organisation de portefeuilles tournants peut être mise en place : par exemple, un trader localisé à Paris ou à Londres prendra en charge, en début de matinée, les positions ouvertes de la salle de Singapour (ou Tokyo, ou Bahrein) et les gère jusqu'à les transmettre, en fin de journée, à un homologue localisé à New York.

Certains établissements, surtout ceux qui se sont pourvus d'une capacité de développement rapide (RAD), choisissent de fondre aussi dans leur salle des marchés leurs équipes d'ingénieurs financiers et d'informaticiens dédiés au front-office ; ces derniers sont alors rattachés à la direction des opérations de marché plutôt qu'à la direction informatique.

Plus récemment est apparu le profil de déontologue qui, au sein de la salle des marchés, s'assure du respect de la loi contre les abus de marché et des règles éthiques inscrites au règlement intérieur.

Le middle-office et le back-office ne sont normalement pas installés dans la salle des marchés.

Chez les investisseurs, l'organisation est plus simple :

– les gestionnaires, ou gérants, gèrent un ou plusieurs portefeuilles[5].
– les traders, ou négociateurs, sont en contact avec des brokers, c'est-à-dire des commerciaux dans des banques d'investissement ; cependant, ce profil est absent chez les sociétés de gestion de portefeuille qui font le choix d'externaliser leur table de négociation[6].
Siège nord-américain d'UBS, Stamford, Connecticut : la salle des marchés se trouve sous le toit arrondi

Le développement des activités de marchés, tout au long des années 1980 et 1990, nécessite des plateaux encore plus vastes, et particulièrement adaptés au câblage informatique et téléphonique. Certains établissements déménagent ainsi leur salle des marchés de leurs locaux historiques en centre-ville, de la City vers Canary Wharf[7], de Paris intra-muros vers La Défense, et de Wall Street vers Times Square ou la banlieue résidentielle de New York dans le Connecticut ; UBS Warburg, par exemple, construit une salle des marchés à Stamford en 1997, puis l'agrandit en 2002, faisant de celle-ci la plus grande salle du monde, avec près de 10 000 m2, permettant d'installer 1 400 postes de travail et 5 000 écrans[8].

L'immeuble Basalte construit par Société générale est le premier immeuble particulièrement dédié aux salles de marchés ; il prévoit surtout une double alimentation électrique pour assurer la continuité de l'activité de trading en cas de défaillance d'une des deux sources de production[9].

JP Morgan a un projet d'un nouvel immeuble à proximité du World Trade Center dont les 6 étages dédiés aux salles des marchés seront partiellement suspendus, la surface disponible au sol étant insuffisante[10].

L'infrastructure

Les débuts

Le téléphone et le sont les premiers outils du broker. Le téléscripteur reçoit les cotations boursières et les imprime en continu sur un rouleau de papier (en anglais, le ticker tape). Les actions américaines y sont reconnues par un code mnémonique d'une à trois lettres, suivi du dernier cours, du plus bas, du plus haut et du volume négocié sur la journée. La diffusion est proche du temps réel, les cours sont rarement différés de plus d'un quart d'heure, mais le broker à la recherche du prix d'une valeur surtout doit lire le rouleau...

Téléscripteur

Dès 1923, la société Trans-Lux équipe le NYSE d'un dispositif de projection sur grand écran d'une version transparente du rouleau de téléscripteur[11]. Ce dispositif sera ensuite adopté par la majorité des brokers new-yorkais jusque dans les années 1960.

En 1956 apparaît le Teleregister[12], un tableau électro-mécanique qui affiche les cours des actions. Il existe en deux variantes, des 50 principales ou des 200 principales actions cotées sur le NYSE ; mais toujours faut-il être intéressé par ces valeurs, et pas par d'autres…

Dans les années 1960, le poste de travail de l'opérateur de marché se définit par l'encombrement des postes téléphoniques. L'opérateur jongle avec plusieurs combinés pour converser avec plusieurs brokers à la fois. Le calculateur électro-mécanique, puis électronique, lui sert à faire des calculs simples.

Années 1970 : la vidéo

Dans les années 1970, si la naissance de l'autocommutateur téléphonique privé sert à simplifier l'équipement téléphonique des opérateurs, par contre, le développement des offres d'affichage d'informations financières conduit à multiplier les moniteurs vidéo sur leur poste de travail, chacun de ces matériels étant spécifique à son fournisseur de données. Les données s'affichent en vert sur des écrans noirs et chaque mise à jour rafraichit la page entière. Le commutateur vidéo sert à syndiquer plusieurs flux vidéo et les redistribuer vers un nombre limité de moniteurs ; par exemple, le dispositif PRISM de Rich Inc. sert à traiter 10 écrans monochromes ou 4 en couleurs.

Telerate, Reuters, Bloomberg, Knight-Ridder[13], Quotron, Bridge, Instinet sont les principaux acteurs du marché de l'information financière, plus ou moins spécialisés selon les compartiments, du monétaire, des changes, des titres, respectivement, pour les 3 premiers d'entre eux. Les traders jonglent désormais avec les claviers.

Années 1980 : le tableur

Cette décennie qui voit se généraliser les salles des marchés est aussi celle du développement de la micro-informatique et des stations de travail. Les tableurs apparaissent, l'offre se scindant entre le monde du MS-DOS/Windows, pour PC, avec Lotus 1-2-3[14], rapidement supplanté par Excel, et celui d'Unix, pour les stations de travail, avec surtout Applix et Wingz[15]. À côté des terminaux vidéos, il faut par conséquent toujours trouver de la place pour un écran d'ordinateur.

Très vite, Excel devient populaire auprès des opérateurs, comme outil d'aide à la décision et comme moyen de suivre leur position, et devient un puissant facteur de choix d'une plateforme Windows NT au dépens d'une plateforme Unix ou VAX/VMS.

Si l'offre logicielle se développe pendant cette période, la salle des marchés souffre déjà d'un manque d'interopérabilité et d'intégration. Il n'y a surtout pas de transmission automatique des opérations depuis les outils de front-office, et surtout pas depuis Excel, vers les applications qui commencent à apparaitre dans les back-offices ; l'opérateur enregistre chaque transaction en remplissant un ticket pré-imprimé de couleur différente selon le sens (achat/vente ou prêt/emprunt), et un agent du back-office passe régulièrement récupérer les piles de tickets pour les ressaisir dans un autre dispositif.

Années 1990 : la révolution numérique

Non seulement les outils d'affichage vidéo sont éclatés et enfermés dans des boites propriétaires, mais le mode même de l'affichage (la page s'affiche sur une requête préalable, et le temps de réponse peut être long) n'est plus adapté à des marchés devenus particulièrement liquides et qui requièrent une prise de décision en quelques secondes. Les traders attendent désormais, d'une part, une information qui arrive en temps réel, c'est-à-dire des cours qui se rafraichissent dans la page affichée sans intervention au clavier, d'autre part, que ces données soient récupérables dans leurs outils d'aide à la décision ou de tenue de position, et surtout dans leur tableur.

La révolution numérique, qui démarre dès la fin des années 1980, est le catalyseur qui sert à satisfaire ces attentes. Elle se traduit dans un premier temps, au sein de la salle, par l'installation d'un dispositif de distribution de données, un type de réseau local. En amont sont syndiqués les flux de différentes sources[16], en aval sont arrosés les postes des traders. On nomme feed-handler le serveur qui prend les données de l'intégrateur et les transmet au dispositif de distribution locale. Enfin, le serveur de page composite prend les données temps réel et les assemble selon les maquettes configurées selon les besoins de chaque trader.

Reuters, avec son offre TRIARCH 2000, Teknekron, avec son TIB, Telerate avec TTRS, Micrognosis avec MIPS, se partagent bientôt ce nouveau marché. Reste à installer sur chaque poste un logiciel d'acquisition et d'affichage, et d'analyse graphique, de ces données.

Ce type d'outil permet le plus souvent au trader d'assembler l'information pertinente en pages composites, comprenant un panneau de dépêches, par conséquent en format textuel, glissant en temps réel de bas en haut, un panneau de cotation, par exemple les cours de change contre dollar américain, chaque cours passant quelques secondes en vidéo inversée chaque fois qu'il change de valeur, un panneau d'analyse technique, avec moyenne mobile, MACD, chandeliers ou autre indicateurs techniques, un autre affichant les cotations d'un même instrument par différents courtiers, etc.

Deux familles de progiciels appartiennent à cette nouvelle génération d'outils, l'une pour les plateformes Windows-NT, l'autre pour les plateformes Unix et VMS.

L'analyse technique restitue graphiquement l'analyse du comportement historique d'un instrument financier, pour prévoir l'évolution de son cours.

Cependant Bloomberg et , sur le marché français, Fininfo, échappent à ce mouvement, préférant s'en tenir à un modèle de service bureau, chaque poste utilisateur étant asservi à une base de données ainsi qu'à des traitements centralisés. L'approche de ces fournisseurs est d'enrichir leur dispositif du maximum des besoins en fonctionnalités pour que la question de l'ouverture vers des tableurs ou dispositifs tiers ne se pose plus.

D'autre part, cette décennie voit l'irruption de la télévision dans la salle des marchés. Les déclarations de présidents de banque centrale sont désormais des événements particulièrement attendus, où le ton et la gestuelle sont décryptés. Le trader a alors un œil braqué vers le téléviseur, fréquemment perché en hauteur, l'autre vers un écran d'ordinateur, pour surveiller comment les marchés réagissent aux déclarations, tout en ayant, le plus fréquemment, un client au téléphone. Reuters, Bloomberg, CNN, CNBC proposent alors chacun une chaine d'information continue particulièrement conçue pour les marchés financiers.

Années 2000 : internet et bande passante

Le développement d'internet entraîne la chute du coût de l'information, y compris financière. Il porte un coup dur aux intégrateurs qui, comme Reuters, ont engagé des investissements énormes les années précédentes pour délivrer des données de marché en masse et en temps réel, et enregistrent à la fois une vague de résiliation des abonnements aux données et une mévente de leurs logiciels de distribution ou d'affichage de données.

D'autre part, les investissements des câblo-opérateurs aboutissent à une augmentation énorme de la capacité de transport de l'information. Les établissements ayant plusieurs salles de marché dans le monde profitent de cette bande passante pour relier leurs sites étrangers à leur site national en un modèle en étoile. L'émergence d'outils de type Citrix accompagne cette évolution, dans la mesure où ils autorisent un utilisateur distant de se connecter vers un bureau virtuel d'où il a alors accès aux applications du siège, dans des conditions de confort analogues à celles d'un utilisateur local. À l'endroit où dix ans plus tôt une banque d'investissement devait déployer un logiciel salle des marchés par salle des marchés, elle peut dorénavant restreindre de tels investissements sur un site unique. Le coût de mise en œuvre technique d'un site étranger se réduit ainsi principalement au poste des télécoms.

Et puisque l'architecture informatique se simplifie, se centralise, elle peut aussi s'externaliser. De fait, depuis quelques années, les principaux fournisseurs de technologie dédiée aux salles de marché déclinent des offres d'hébergement.

L'équipement logiciel

Dès la fin des années 1980, les feuilles de calcul ont rapidement proliféré sur les postes des traders alors que le chef de salle, lui, n'avait pas de vision consolidée des positions qui soit à la fois exacte et en temps réel. L'hétérogénéité des règles de valorisation, la fragilité des feuilles de calcul susceptible d'entraîner des pertes de données critiques, les médiocres temps de réponse des PC pour assurer des calculs lourds, le manque de visibilité sur l'activité des traders, ont particulièrement vite suscité le besoin d'un dispositif d'information partagé. Cependant, les établissements éprouvent d'autres besoins, selon que leur métier est le trading ou l'investissement.

Le risk-management

Le premier type d'application dédiée aux risques à s'introduire dans une salle de marchés, à la fin des années 1970, porte sur le contrôle global de limites d'engagement par contrepartie. Risk Exposure Management (RXM) [17], développé par GE Information Services, et Global Limits Control System, commercialisé par Reuters, mettent à jour en temps réel les utilisations de limites de crédit et de règlement provenant des transactions négociées dans quelque salle des marchés que la banque ait dans le monde. Ces applications ne traitent tandis que les opérations de change et les prêts interbancaires, et imposent une saisie sur un poste dédié, mais elles incarnent une architecture informatique particulièrement élaborée pour l'époque.

Avec la multiplication des instruments traités par la salle, la direction des opérations de marché souhaite mettre en œuvre des processus collaboratifs entre desks, tels que :

– la couverture du risque de change comptant issu des positions de swaps de change ou de change à terme ;
– le refinancement par le desk interbancaire des positions de trading restant en portage en fin de journée ;
– la couverture des positions obligataires par des contrats ou options de taux d'intérêt.

Ces mécanismes nécessitent une mutualisation des données entre desks.

C'est ainsi que sont apparus, entre 1990 et 1993, Illimitéty, Summit, Kondor+, Finance Kit[18], Front Arena, Murex et (en) Sophis Risque, rapidement mis sur le marché et positionnés sous la bannière du "risk-management", un terme valorisant mais probablement moins exact que celui de «tenue de position».

Bien qu'Illimitéty disparaisse, en 1996, avec le rêve brisé du toolkit censé traiter l'ensemble des innovations de l'ingénierie financière, les autres dispositifs sont toujours bien vivants dans les salles de marché.

Ces produits ont le plus souvent pour caractéristiques une architecture trois tiers, dont la partie back-end tourne sur une plateforme Unix, une base de données relationnelle (Sybase ou Oracle), un mécanisme d'acquisition en temps réel de données distribuées par le dispositif RMDS de Reuters, et une interface utilisateur graphique et écrite en anglais, puisque leurs clients sont des salles de marchés localisées n'importe où dans le monde. Saisie des transactions par les opérateurs, tenue de position, mesure des risques de marché (taux et change), calcul du P&L[19], par desk ou opérateur de marché, contrôle des limites fixées par contrepartie, sont les principaux services rendus par ces logiciels.

L'utilisation de ces fonctionnalités sera rendue obligatoire ultérieurement : en France, elles sont définies en 1997 dans une instruction de la Commission Bancaire relative au contrôle interne[20].

Le trading électronique

Le téléphone, utilisé sur les marchés de gré à gré, est source de malentendus. Les deux parties s'étant mal comprises sur un des termes de la négociation, il est parfois trop tard pour redresser une opération lorsque la confirmation est reçue et révèle une anomalie.

Le premier marché à découvrir le trading électronique est le marché des changes. Reuters crée son Reuter Monitor Dealing Service en 1981. Les contreparties se repèrent par écran interposé et conviennent d'une transaction en mode vidéotex, où les données sont toujours peu structurées. Son successeur, Dealing 2000, porté sous Windows, est lancé en 1989. Comme (en) EBS, qui le concurrence à partir de 1997, il traite principalement le change comptant.

Les États-Unis voient ensuite apparaitre plusieurs offres, Bloomberg, BrokerTec, TradeWeb, surtout, dans le domaine des valeurs mobilières, alors que dans les salles des marchés européennes apparaissent l'italien MTS et le français Web-Bonds ; quoique les obligations (mais pas les bons du Trésor) soient cotées en bourse, 90 % des transactions obligataires sont négociées en gré à gré, d'où la pertinence de ces outils.

Plus récemment sont apparus des produits spécialisés, comme Swapswire, pour négocier les swaps de taux, Secfinex et Equilend pour le prêt/emprunt de titres (c'est l'emprunteur qui paie l'abonnement au service).

Cependant, ces outils souffrent le plus souvent d'un manque de liquidité. Au contraire de une prédiction maintes fois annoncée, le trading électronique n'a pas fait disparaitre le courtage respectant les traditions. Du reste, les opérateurs préfèrent panacher les deux modes : l'écran, pour la découverte des prix, et la voix, pour traiter les grosses transactions[21].

Carnet d'ordre et routage

Pour les produits des marchés organisés, les processus sont différents : les ordres de la clientèle doivent être rassemblés, le cas échéant exécutés en interne, lorsqu'il s peuvent être appariés, avant d'être transmis à un broker, un système multilatéral de négociation, ou directement en bourse, si la valeur est domestique, la liquidité du titre suffisamment importante et la taille de l'ordre pas trop élevée. Les ordres sont ensuite exécutés partiellement ou en totalité, puis dépouillés, c'est-à-dire imputés sur le compte de chaque donneur d'ordre. La multiplication des instruments traités et des circuits de transmission ont alors rendu indispensable l'informatisation de ce carnet d'ordres.

Les marchés organisés (bourses et marchés à terme) proposent chacun leur poste de saisie et transmission d'ordres, ou alors une interface de programmation, pour permettre à l'établissement de se connecter à partir d'un dispositif de gestion d'ordres développé en interne. Mais des éditeurs proposent aussi aux salles des marchés des progiciels qui prennent en charge les différents protocoles de communication à ces marchés, surtout Fidessa, particulièrement présent à Londres, Sungard Global Trading et le suédois Orc Software.

Le program trading

Dans le program trading, les ordres sont générés par un programme informatique, au lieu de procéder d'une décision d'un opérateur de marché. On parle aussi de trading algorithmique. Il ne s'applique qu'aux marchés organisés, pour lesquels la transaction ne dépend pas d'une négociation avec une contrepartie surtout.

Une application classique du program trading consiste à générer des ordres d'achat ou de vente d'une action dès que son prix franchit un certain seuil, à la hausse ou à la baisse. Une vague de ventes sur prix stop a été ainsi beaucoup incriminée, lors de la crise financière de 1987, comme la cause de l'accélération de la chute des cours en bourse. Depuis lors, cependant, le program trading n'a jamais cessé de prendre de l'importance, surtout avec la multiplication des ETF, OPCVM répliquant un indice boursier, et le développement de la gestion structurée. Un ETF répliquant le CAC 40, par exemple, passe 40 d'ordres d'achat, ou 40 ordres de vente, selon que le fonds enregistre, du jour au lendemain, un flux net de souscriptions ou de rachats ; on nomme le plus souvent panier la série d'ordres répliquant l'indice. Qui plus est , une modification du poids des actions dans un indice, sous l'effet par exemple d'une augmentation de capital de l'une d'entre elles, nécessite de passer tout autant d'ordres d'achat ou de vente pour que la composition du fonds continue à refléter scrupuleusement celle de l'indice. Si un programme sert à générer plus rapidement un gros volume d'ordres qu'un trader, il peut cependant nécessiter la surveillance d'un ingénieur financier, qui le cas échéant y apporte ses retouches.

La multiplicité des programmes de trading, dont certains appliquent les mêmes règles de gestion, amène leurs concepteurs à chercher un avantage compétitif grâce à la technique, en jouant sur la puissance des serveurs de flux boursier ou le multi-threading de manière à s'assurer que les ordres parviennent dans le carnet d'ordres central avant ceux des concurrents. La réussite d'un algorithme peut ainsi se jouer au millième de seconde. Ce type de program trading, qu'on nomme le plus souvent high-frequency trading, est cependant contraire au principe d'équité de traitement entre donneurs d'ordre, et plusieurs régulateurs envisagent de l'interdire[22].

La gestion de portefeuille

Au retour d'exécution d'un ordre, le gérant d'OPCVM comme le trader d'une banque d'investissement doivent mettre à jour leurs positions. Cependant, le gérant n'a pas besoin de valoriser ses positions en temps réel : à la différence du trader dont l'horizon est la journée, le gérant se place dans une perspective de moyen-long terme. Par contre, il a besoin d'un contrôle de provision et d'une confrontation de son portefeuille à son benchmark, ou alors d'un traitement de rebalancing (rééquilibrage), qui génère les ordres nécessaires pour que le portefeuille revienne à la composition de référence.

Une autre famille de progiciels, de gestion de portefeuille, assure ce type de besoins. Bloomberg, Decalog, Apollo, Triple A, Sophis Value, (en) Simcorp, en sont les principaux représentants.

Relations avec le back-office

La réglementation bancaire édicte, dans la majorité des pays, le principe d'indépendance entre front-office et back-office : une opération négociée par la salle des marchés doit être validée par le back-office pour être ensuite confirmée à la contrepartie, être réglée, et comptabilisée. Ces services doivent être rattachés à des directions indépendantes l'une de l'autre jusqu'au niveau le plus élevé envisageable dans la hiérarchie [23], [24].

En Allemagne, la réglementation va plus loin, le «principe des quatre yeux» strict que toute négociation conclue par un opérateur de marché soit vue par un autre opérateur avant d'être soumise au back-office.

En Europe continentale, les établissements mettent l'accent, dès le début des années 1990, sur le Straight Through Processing (STP), c'est-à-dire l'automatisation de la transmission des opérations vers le back-office. Leur objectif est de perfectionner la productivité des agents du back-office, en remplaçant une ressaisie des opérations par une validation.

Les éditeurs du risk-management ou de la gestion de portefeuille répondent à cette attente soit en ajoutant dans leur dispositif les fonctionnalités back-office, soit en y développant la connectivité, pour favoriser l'intégration des opérations dans un progiciel dédié au back-office. Les anglo-saxons, moins réticents à la création de postes dans les back-office, sont moins sensibles au critère de la productivité, et développent leurs interfaces avec quelques années d'écart. Sur les marchés des titres, les réformes de Place visant à diminuer le délai de règlement-livraison, le plus souvent de 3 jours ouvrés, à 1 ou alors 0 jour, forment un aiguillon pour l'automatisation des flux.

Tant que les dispositifs de front-office et de back-office sont scindés, les opérateurs les plus réticents à saisir eux-mêmes leurs transactions dans le dispositif front-office, qu'ils trouvent naturellement plus contraignant que leur tableur, sont tentés de se défausser sur un assistant trader ou un agent du middle-office. Une politique de STP est alors aussi un moyen détourné pour les contraindre à saisir eux-mêmes. Du reste, l'enregistrement informatique des transactions, et dans le délai le plus bref à partir de la négociation, relève d'une «bonne pratique», ou alors d'une obligation réglementaire.

La réglementation tend à priver la salle des marchés du pouvoir de valorisation des positions. Cependant, les agents du back-office ne sont pas obligatoirement en situation de pouvoir critiquer les prix proposés par le front-office pour des instruments complexes ou peu liquides, et qu'aucune source indépendante, telle Bloomberg, ne publie.

Anatomie des principales défaillances

Déposants venus fermer leur compte chez Northern Rock

Qu'elle en soit l'acteur ou le simple témoin, la salle des marchés est le lieu où se vit toute défaillance mettant en jeu l'existence de la société.

Dans le cas de Northern Rock, Bear Stearns ou Lehman Brothers, toutes trois emportées par la crise des subprimes, en 2008, si la salle des marchés ne parvient pas à trouver des contreparties sur le marché monétaire pour se refinancer, et par conséquent à faire face à une crise de liquidité, la défaillance de l'établissement tient à son modèle économique, non à un dysfonctionnement de sa salle des marchés.

En revanche, dans les exemples du tableau ci-dessous, si la défaillance a presque toujours pour catalyseur des conditions adverses de marché, elle a aussi une cause opérationnelle :

Causes opérationnelles des principales défaillances[25]
Mois Année Société Opérations fictives Dissimu-
lation de position
Dépassement de position autorisée Délit d'initié Manipulation de cours Risque mal calculé Valorisation erronée Défaut de contrôle du trader Habili-
tations non appropriées
Erreur de saisie Consé-
quences
pour la société
Avr. 87 Merrill Lynch[26] Fait Fait Fait
Fév. 90 Drexel Burnham Lambert[27] Fait Fait Fait amende et faillite
Sep. 91 Salomon Brothers[28] Fait amende
Oct. 94 CCR[29] Fait Fait
Fév. 95 Barings[30] Fait Fait Fait faillite
Avr. 95 Fait Fait
Juil. 95 Fait Fait Fait réduction imposée de l'activité
Juin 96 Sumitomo Fait Fait Fait Fait amendes[32] + dommages-intérêts
Jan. 98 UBS[33] Fait Fait
Sep. 98 LTCM[34] Fait recapitalisation
Déc. 01 UBS Warburg (Tokyo) [35] Fait
Sep. 06 (en) Amaranth Advisors[36] Fait Fait
Sep. 07 Calyon[37] Fait
Jan. 08 Société générale[38] Fait Fait Fait Fait amende[39]
Fév. 08 Crédit suisse[40] Fait
Mai 08 Morgan Stanley[41] Fait Fait
Oct. 08 Caisse d'épargne[42] Fait Fait Fait amende
Oct. 08 Fait Fait

Ces causes opérationnelles, ci-dessus en colonnes, sont le résultat de failles dans l'organisation ou le dispositif d'information :

Salles détruites

Perspectives

Les marchés demandent de nouveaux instruments de gestion de risques, sur les émissions de carbone, les aléas climatiques ou la longévité (le nombre moyen d'années de versement de pensions de retraite), qui entraineront une redistribution des spécialités au sein de la salle des marchés, et la naissance de nouveaux applicatifs de gestion.

Après la crise financière de 2007-2008, la réglementation financière s'alourdira et aura des impacts surtout sur les applications utilisées au sein de la salle des marchés.

Les dispositifs de pricing verront probablement une révision des modalités d'application des modèles stochastiques d'évaluation des risques.

Les dispositifs de trading se verront rajouter des mécanismes de contrôle du risque opérationnel directement articulés sur la saisie des transactions ; les ventes à découvert, sur lesquelles les Américains et les Allemands, surtout, envisagent de légiférer, y seront peut-être soumises à un contrôle préalable de présence d'opérations d'emprunt de titres ou de prise en pension pour en garantir la livraison en date future et ainsi éviter des achats de dernière minute susceptibles de déséquilibrer le marché.

Enfin, le dispositif de risk-management sera probablement pourvu d'un module de surveillance en continu de la liquidité ; ce dernier sujet est surtout mis sur la table par le régulateur britannique, la (en) FSA, fin 2009[47].

Notes et références

  1. Jean-François Lepetit, Homme de marché, Economica, 2002, p. 155 (ISBN 2-7178-4477-5)
  2. Livre blanc sur le financement de l'économie, 1ère partie
  3. Spécialiste en Valeurs du Trésor ; aux États-Unis, les (en) primary dealers jouent un rôle identique
  4. Barriers Falling Between Traders sur le Financial Times, 1er février 2010
  5. dans une société de gestion d'actifs, le portefeuille est un OPCVM
  6. Externalisation de la table de négociation sur la lettre d'OTC Conseil n°39
  7. Canary Wharf Banks Get Access to Multiple Network Providers sur Dealing With Technology, 23 juillet 2001
  8. UBS Warburg Expansion Creates World's Largest Trading Floor sur le site de la banque, 14 mai 2002
  9. La future salle des marchés Société générale en construction à la Défense sur le site projets-architecte-urbanisme. fr
  10. JPMorgan to Build Tower at World Trade Center Site sur Bloomberg, 14 juin 2007
  11. Rubrique Company Info > Corporate Overview > History sur le site officiel de Trans-Lux. Consulté le 4 avril 2010
  12. [pdf] (en) Présentation commerciale de Teleregister sur Computerhistory. org, 1956. Consulté le 4 avril 2010
  13. surtout avec son offre Viewtron
  14. (en) Lotus 1-2-3 ; le produit a depuis disparu
  15. (en) Wingz ; le produit a depuis disparu
  16. le flux dominant de l'intégrateur, tel Reuters ou Telerate, cohabitant par exemple avec un flux boursier local, tel TOPCAC, en France, de la Société de bourse française (SBF)
  17. Andrew Webb, «Taking Limits Management In-house» sur Derivatives Strategy, avril 1998. Consulté le 7 mars 2010
  18. Renommé Wall Street Suite depuis que son éditeur, le finlandais Trema, a été racquis, en 2006, par l'américain Wall Street Systems
  19. Profit & Loss, ou pertes et profits
  20. Règlement CRBF 97-02, Titres IV et V sur la mesure et la surveillance des risques sur le site de la Banque de France
  21. Being fully wired is not enough for the world's biggest money brokers sur The Economist, 9 janvier 2003. Consulté le 28 février 2010
  22. SEC moves to curb high-frequency trading sur le Financial Times, 13 janvier 2010. Consulté le 27 février 2010
  23. Commission de surveillance du secteur financier (CSSF), «Au Luxembourg, circulaire IML 93-101 sur l'organisation et le contrôle interne des activités de marché»
  24. En France, article 7.1 du règlement CRBF 97-02
  25. Voir aussi la Liste des pertes de trading
  26. Anatomy of a staggering loss sur le New York Times, 11 mai 1987
  27. The Death of Drexel sur The Economist, 17 février 1990
  28. The Real Salomon Scandal sur le New York Magazine, 2 septembre
  29. Le dossier Rochefort Finances devant la justice sur Les Échos, 19 mai 1995
  30. Case Study - Barings, Ambit ERisk, 2010
  31. An Unusual Path To Big-Time Trading, 27 septembre 1995
  32. (en) CFTC, «CFTC files and settles against Sumitomo Corporation», 11 mai 1998. Consulté le 22 février 2010
  33. Blind Faith sur The Economist, 29 janvier 1998
  34. Case Study - Long Term Capital Management
  35. Tokyo victime d'erreurs informatiques sur Les Échos, 6 décembre 2001
  36. Hillary Till, «The Amaranth Case : early lessons from the debacle», EDHEC Risk & Asset Management Research Centre, 2 octobre 2006
  37. L'surprenant parcours du "trader fou" de Calyon sur Le Figaro, 15 janvier 2007
  38. Voir aussi l'affaire Kerviel
  39. Décisions juridictionnelles publiées par la Commission bancaire au cours du mois de juillet 2008 - N° 1
  40. More Holes Than Thou sur The Economist, 21 février 2008
  41. FSA, «Final Notice to Matthew Sebastian Piper»
  42. Le rapport qui accable la direction de la Caisse d'épargne sur Le Nouvel Observateur, 29 octobre 2008
  43. CITIC Pacific warns potential 2 billion forex losses sur Reuters, 20 octobre 2008
  44. on dit aussi salle blanche et en anglais disaster recovery site
  45. Global Trading Helps Rescue Crédit Lyonnais - A French Bank's Trial by Fire sur le New York Times, 11 mai 1996
  46. Never has a firm lost so many staff, The Economist, 20 septembre 2001
  47. FSA, «Prudential sourcebook for bank, building societies and investments firms (liquidity) instrument 2009»

Voir aussi

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