Policy-mix
En macroéconomie, l'anglicisme policy-mix ou le dosage macroéconomique en français, sert à désigner l'«art» de combiner de manière optimale, selon la position dans le cycle économique, les principaux moyens d'action de la politique économique : la politique budgétaire...
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En macroéconomie, l'anglicisme policy-mix (ou policy mix) ou le dosage macroéconomique[1] en français, sert à désigner l'«art» de combiner de manière optimale, selon la position dans le cycle économique, les principaux moyens d'action de la politique économique : la politique budgétaire et la politique monétaire.
La modélisation économique de cette relation a été développée par le modèle IS-LM. Elle est étudiée par la synthèse néoclassique, et fait intervenir des mécanismes keynésiens.
Deux règles majeures à portée normative éclairent le policy-mix :
- Celle de Jan Tinbergen dite Règle de Tinbergen : il doit y avoir tout autant d'instruments de la politique économique qu'il y a d'objectifs (par exemple les objectifs du carré magique) ;
- Celle de Robert Mundell dite Règle de Mundell : l'affectation d'un instrument à son objectif dépend de son efficacité relative (principe d'efficacité comparative). Cela correspond à son «triangle des incompatibilités».
Les objectifs de la politique économique
La politique économique s'efforce de poursuivre quatre objectifs principaux :
- niveau de croissance économique durablement élevé ;
- plein emploi ;
- stabilité des prix ;
- et dans certaines théories, équilibre de la balance des paiements.
Ces objectifs s'avèrent contradictoires (Carré magique de Kaldor). La recherche de la pleine utilisation de l'ensemble des facteurs capital et travail rentrent en conflit avec les objectifs de stabilité des prix et d'équilibre extérieur. Aussi les priorités peuvent être particulièrement différentes suivant les États et suivant les moments selon l'objectif de bien commun assigné.
A titre d'exemple, le dollar servant de monnaie de référence, les États-Unis ont moins de contrainte à maîtriser leur balance des paiements («Our currency, your problem. »).
Les interactions entre politique monétaire et politique budgétaire
Les interactions entre les deux politiques sont :
- fortes ;
- et fréquemment contradictoires.
La politique budgétaire est avant tout :
- une politique de la dépense ;
- effectuée dans un cadre institutionnel (le budget annuel) qui privilégie le court terme.
À l'inverse, la politique monétaire est avant tout une politique de moyen ou long terme (mais n'est pas une politique structurelle), dont les moyens d'action ne se conçoivent que sur la durée (en Europe continentale, une hausse des taux d'intérêt du marché monétaire, par exemple, mettra plus d'un an pour que ses effets économiques soient observables[réf. nécessaire]) et dont les objectifs seront naturellement le maintien de grands équilibres sur longue période.
L'indépendance des banques centrales vis-à-vis du pouvoir politique a permis de prendre davantage en compte les impacts sur moyen et long termes, et permettent de se rapprocher du niveau de croissance maximal. Cela a accru les risques de discordances, ou alors de cacophonie, avec les hommes politiques aux logiques ainsi qu'aux horizons temporels si différents.
La différenciation des mandats doit permettre une plus grande efficacité des politiques budgétaire et monétaire prises séparément. Une politique budgétaire laxiste entraînera une hausse des prix et obligera la banque centrale à mener une politique monétaire plus restrictive.
Cas spécifique de la zone euro
En zone euro, la situation est toujours plus délicate puisque :
- la Banque centrale européenne (BCE) exerce une politique monétaire commune aux seize États de la zone, tandis que les situations conjoncturelles peuvent être différentes entre ces pays ;
- les politiques budgétaires restent décentralisées, du ressort des différents gouvernements nationaux ; l'instrument du taux d'intérêt ne peut plus servir la régulation de la conjoncture et des chocs économiques fréquemment asymétriques malgré l'interdépendance croissante des économies européennes du fait de l'intégration ;
- le dispositif, récent (existence de l'euro depuis le 1er janvier 1999), est toujours en phase de rodage, chaque pouvoir cherchant toujours ses marques comparé à l'autre ; cela peut expliquer le certain «dogmatisme» de la Banque centrale européenne (BCE), car cette jeune institution a besoin de gagner en crédibilité ;
- il existe un certain flou dans les traités quant au partage de certaines responsabilités (dont la valeur externe de l'euro).
La permanence du policy-mix aux États-Unis
Ce qui différencie les États-Unis de l'Europe au niveau de l'agencement optimal de l'outil budgétaire et monétaire, c'est l'indépendance moins prononcée de la Réserve fédérale américaine. Comme pour la BCE, les objectifs de la Fed ne se limitent pas à la lutte contre l'inflation, mais incorporent aussi la modération des taux d'intérêt à long terme pour faciliter l'investissement, le plein-emploi et la croissance.
Quand le gouvernement mène une politique «de rigueur», il y a une certaine convergence d'objectifs avec ceux de la banque centrale. Un exemple de cette convergence est celui de la période où Bill Clinton était président et Alan Greenspan dirigeait la Fed. Tandis que Clinton s'était engagé à diminuer le déficit budgétaire ainsi qu'à revenir à l'excédent (ce qu'il parvint à faire), Alan Greenspan modérait les taux d'intérêt pour que la restriction budgétaire ne pénalise pas la conjoncture. C'est à dire, pendant que Clinton déplaçait la courbe IS vers la gauche, Greenspan compensait par un déplacement de la courbe LM vers la droite (cf. modèle IS-LM), usant d'un accord tacite.
C'est par conséquent la réactivité (qui peut s'appréhender à partir de la règle de Taylor) et la sensibilité de la banque centrale aux fluctuations de l'économie réelle qui caractérisent la politique monétaire américaine, qui peut être en correction avec la politique budgétaire.
Cependant, le policy-mix réactif américain peut montrer ses limites dans des périodes de relance de l'économie. En effet, pour faire face à l'éclatement de la bulle des télécommunications en 2000-2001, la FED a volontairement positionné les taux d'intérêts en dessous du taux d'inflation. En conséquence, l'économie a été stimulée par la conversion de l'épargne en consommation. Néanmoins, l'augmentation de la masse monétaire a fait naître une nouvelle bulle spéculative, celle de l'immobilier. En 2007, la bulle immobilière US a commencé à se dégonfler, provoquant un ralentissement de la croissance. Mais en parallèle, la croissance mondiale liée à la consommation US ainsi qu'à la forte croissance de l'Asie du Sud-Est, de la Chine et de l'Inde, à généré des tensions sur les prix, surtout sur les matières premières. Les États-Unis se retrouvent ainsi dans une situation inconfortable ; doivent-ils augmenter les taux d'intérêts pour lutter contre l'inflation (en menaçant une catégorie d'emprunteurs à «haut risque») ou doivent-ils baisser les taux d'intérêts pour soutenir l'économie et la consommation?
Bibliographie
- Le policy-mix en zone euro ainsi qu'aux États-Unis de 1999 à actuellement - Direction générale du Trésor et de la Politique économique, juin 2006 [pdf]
Notes et références
- recommandé officiellement par la Commission générale de terminologie et de néologie
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