Microfinance

Les services de microfinance fournissent un ensemble de produits financiers à tous ceux qui sont exclus du système financier classique ou formel.


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  • En effet, en donnant accès à des services financiers, la microfinance joue un rôle important dans la lutte contre les nombreuses dimensions de la pauvreté.... (source : lamicrofinance)
  • aux travailleurs pauvres. Quelle est la différence entre la micro-finance et le microcrédit ? La micro-finance propose un large éventail de services... (source : ilo)
  • portée de la micro-finance (nombre de personnes atteintes, dégrée de pauvreté des clients, lieu où ils vivent, qualité des services offerts) ;... (source : globenet)
Banque d'épargne communautaire au Cambodge

Les services de microfinance fournissent un ensemble de produits financiers à tous ceux qui sont exclus du système financier classique ou formel[1]. Ils concernent généralement les habitants pauvres des pays en développement.

De façon plus générale, la microfinance réfère à une vision du monde où «le maximum de foyers pauvres ou assimilés peuvent avoir un accès permanent à une gamme de services financiers de grande qualité et adaptés à leurs besoins, incluant non seulement le crédit mais l'épargne, l'assurance et les transferts de fonds» [2]

D'une façon plus restrictive, la microfinance se réfère à un certain nombre d'institutions privées ou publiques qui se revendiquent de la microfinance.

Dans cet article, on sert à désigner fréquemment les institutions de microfinance par «IMF».

Les enjeux

Théoriquement, les banques ne fournissent pas de services financiers à des clients dépourvus d'un minimum de revenus. Pour gérer un compte clients, ces mêmes banques doivent supporter un coût fixe assez substantiel qui ne dépend pas du montant des sommes d'argent mises en jeu. A titre d'exemple, le total des profits dégagés par une centaine de crédits de 1 000 euros chacun est environ égal au profit dégagé par un crédit de 100 000 euros, tandis que la gestion de cent crédits implique cent fois plus de travail et de diverses dépenses que la gestion d'un seul. La même équation de base régit l'économie d'autres services financiers. Il y a un seuil de rentabilité associé au crédit ou au dépôt qui veut dire que la banque perd de l'argent quand elle effectue une transaction au-dessous d'un certain montant. Les besoins financiers des pauvres se situent le plus souvent au-dessous de ce seuil.

De plus les pauvres ne possèdent pas suffisamment de biens qui puissent être reconnus comme un collatéral, c'est-à-dire qui puissent servir de garantie. Même quand ils possèdent leurs terres, ils n'en ont fréquemment aucun titre de propriété. Cela a été spécifiquement bien étudié par l'économiste Hernando de Soto [3]. Cela implique que les banques n'ont quasiment pas de recours contre les emprunteurs défaillants.

D'un point de vue plus général, on a longtemps accepté l'idée que le développement d'un système financier national prospère est un objectif intermédiaire important qui peut ensuite servir de catalyseur pour le développement économique national qui est l'objectif final (voir, par exemple Alexander Gerschenkron, Paul Rosenstein-Rodan, Joseph Schumpeter, Anne Krueger etc. ). Cependant, tant les responsables de la planification des États concernés que les experts internationaux privilégient le développement du secteur bancaire commercial spécialisé dans les opérations mettant en jeu des sommes importantes et négligent fréquemment les institutions à même d'apporter des services aux ménages disposant de moyens limités, tandis que ces catégories de ménage représentent la plus grande partie de la population.

A cause de ces difficultés, quand les pauvres sont amenés à emprunter, ils doivent fréquemment faire appel à leur famille ou à des prêteurs locaux qui pratiquent des taux d'intérêts particulièrement élevés. Une synthèse de 28 études portant sur les taux d'intérêt des crédits informels de 14 pays d'Asie, d'Amérique latine et d'Afrique conclut que 76% des taux d'intérêt pratiqués par les prêteurs locaux sont supérieurs à 10% par mois, et parmi ceux-ci, 22% dépassent les 100% par mois. Ces prêteurs pratiquent le plus souvent pour les plus pauvres des taux plus élevés que pour les moins pauvres[4]. Tandis que ces prêteurs sont fréquemment stigmatisés et traités d'usuriers, leurs services sont accessibles, rapides et particulièrement flexibles quand les emprunteurs doivent faire face à des problèmes. Les espoirs qu'on a pu caresser de les éliminer du circuit se sont avérés irréalistes même dans des contextes où les institutions de microfinance étaient particulièrement actives.

Historique

Dans le passé, les pratiques visionnaires de certains moines franciscains qui avaient fondé au XVe siècle des monts de piété présentaient des orientations communautaires. Toujours en Europe, en 1849, un bourgmestre prussien Friedrich Wilhelm Raiffeisen, fonde en Rhénanie la première société coopératives d'épargne et de crédit, une institution qui offre des services d'épargne aux populations ouvrières pauvres et exclues des banques classiques. L'épargne collectée sert à consentir des crédits à d'autres clients. Ces organismes sont dits mutualistes. Le mutualisme y compris financier connaît à partir de 1941, un développement assez exceptionnel au Pays basque espagnol autour des coopératives de Mondragón. Mis à part le cas de Mondragón, les organismes et institutions qui se développent sur cette base en Europe et en Amérique du Nord, puis, après la Seconde Guerre mondiale dans les pays du Sud se focalisent sur l'épargne et offrent peu de services de crédit[5].

Dans les années 1970, avec la Grameen Bank, Muhammad Yunus développe le microcrédit au Bangladesh ouvre la voie à de nombreuses autres expériences menées dans le monde entier. Des institutions sont créées pour apporter aux pauvres des moyens de créer leur gagne-pain et les outils pour gérer le risque associé, c'est-à-dire les services financiers normaux qui sont proposés aux catégories plus riches[6]. Le succès de la Grameen Bank qui compte désormais comme clients plus de 7 millions de Bangladeshies pauvres a connu un écho dans le monde entier, dans la pratique, il s'est avéré complexe de recopier cette expérience. Dans les pays où les densités de population sont plus faibles, il est bien plus problématique de réunir les conditions de rentabilité pour créer des services et commerces de proximité. Il n'empêche que la Grameen a démontré que non seulement les pauvres remboursent leurs crédits, mais qu'ils peuvent payer des intérêts élevés et que l'institution peut par conséquent couvrir ses propres coûts[7].

A la fin des années 1980, les initiatives se multiplient. En Amérique latine, des institutions accordant des crédits en milieu urbain commencent à couvrir leur frais sans subvention[8]. L'ONG bolivienne PRODEM créée en 1986 décide de «filialiser» ses activités de microfinance sous forme de banque en créant la Banco Solario SA, plus connue sous le nom de BancoSol. C'est l'émergence d'une «industrie de la microfinance»[8].

Énormément de progrès ont été effectués, mais l'ensemble des problèmes n'ont pas été résolus, et la grande majorité de la population qui gagne moins d'un euro par jour, particulièrement dans les zones rurales, ne bénéficie toujours d'aucun accès au secteur financier normal. Le secteur de la microfinance a connu une croissance régulière jusqu'à atteindre en 2007 25 milliards de dollars pour la totalité des crédits relevant de la microfinance[9]. Il en faudrait dix fois plus pour apporter aux populations pauvres le capital dont elles ont besoin[9]. Le secteur de la microfinance a connu une forte croissance, au point qu'on a pu se demander s'il n'y avait pas un risque à laisser filer tout autant de capitaux vers un secteur qui n'était pas nécessairement géré correctement[10].

Délimitation et principes

En principe, la microfinance peut recouvrir l'ensemble des démarches ayant pour but d'accroître les accès ou de perfectionner la qualité des services financiers auxquels les plus pauvres peuvent recourir où qui peuvent leur être d'une quelconque utilité. A titre d'exemple, les pauvres empruntent à des prêteurs locaux et placent de la même façon leurs économies dans l'économie informelle. Autre exemple, ils ont recours à des associations caritatives pour contracter des crédits ou bénéficier d'une garantie. Ils peuvent aussi profiter de l'assurance que leur offre une société nationalisée. Ils transfèrent des sommes d'argent à travers des réseaux respectant les traditions comme Hawala. Ou bien toujours, ils enterrent leurs bijoux dans une cache secrète, demandent à quelqu'un de leur famille de s'occuper de leurs finances et élèvent des poulets pour économiser en vue de leur mariage.

Il est bien complexe de tracer une frontière bien nette qui distinguerait la microfinance d'activités identiques. On peut défendre la position selon laquelle un gouvernement qui mandate une banque d'État d'ouvrir des comptes pour les consommateurs à faible revenus, un prêteur qui pratique l'usure, ou une association comme Heifer International qui permet aux plus pauvres de pratiquer l'élevage et le jardinage en vue de leur subsistance, tous ces différents acteurs participent à la microfinance. Cependant, il est le plus souvent admis que la microfinance consiste non pas à distribuer, mais à donner aux plus pauvres des moyens de gagner leur vie en leur donnant accès à des services financiers. Il est aussi admis qu'on règle d'autant mieux ce problème d'accès en adaptant tout autant qu'il le faut ces institutions financières à ses bénéficiaires et en développant la capacité de ces institutions. Ces dernières années, l'accent a spécifiquement été mis sur l'indispensable diversité des institutions de microfinance pour subvenir aux besoins les plus divers.

En 2004, quelques principes qui résument un siècle et demi de pratiques diverses ont été regroupés en une sorte de manifeste par le CGAP (Consultative Group to Assist the Poor) et retenus par les dirigeants du G8 au sommet du 10 juin 2004 :[6]

La microfinance ne doit pas être confondue avec certaines formes d'actions humanitaires. Il est préférable de donner des subsides aux familles dans la misère étant donné qu'elles sont probablement dans l'incapacité de générer les ressources indispensable pour rembourser un crédit. C'est une situation qu'on trouve, par exemple dans des régions dévastées par la guerre ou par une catastrophe naturelle.

Débats sur la délimitation

Plusieurs types de débats sont apparus pour préciser quelles étaient les frontières de la microfinance

Les militants de la microfinance, professionnels et donateurs, défendent fréquemment le point de vue selon lequel il faudrait restreindre l'usage du microcrédit à la production de biens ou de services, typiquement, la création ou le développement de micro-entreprise. Ce à quoi les acteurs du secteur privé répondent que la «fongilbilité» de l'argent rend illusoire cette restriction, et qu'en tout état de cause, ce n'est pas à des riches de déterminer comment les pauvres doivent utiliser leur argent.

Peut-être à cause des préjugés occidentaux vis-à-vis de l'usure, le rôle des prêteurs locaux respectant les traditions a été dénoncé, en particulier à l'époque balbutiante de la microfinance moderne. Au fur et à mesure que de plus en plus de gens avaient accès aux services des institutions de microcrédit, il est apparu de plus en plus clairement que les services des prêteurs respectant les traditions gardaient leur utilité. Les emprunteurs étaient prêts à payer un taux d'intérêt élevé pour des services tels que le déblocage rapide des crédits, la confidentialité et la flexibilité des échéances de remboursement. Ils ne voyaient aucune évidence aux avantages résultant de taux d'intérêt plus bas s'il fallait en payer le prix par la participation à des réunions où des stages nécessaires pour être bénéficiaire d'un crédit où par des cotisations mensuelles. Ils trouvaient aussi déplaisant qu'on les force à endosser le statut d'emprunteur pour démarrer une entreprise, tandis qu'ils avaient fréquemment déjà emprunté pour d'autres raisons comme le paiement de frais de scolarité et de santé ou l'achat de nourriture [13]. La tendance récente est d'accorder plus de légitimité aux prêteurs en vertu du principe selon lequel, plus il y aura de compétition parmi les offres, plus grande sera la diversité des services offerts aux pauvres.

Dans les années 1970 a émergé une microfinance moderne qui recherchait des solutions en priorité dans le secteur privé. Ceci découlait de l'évidence que dans les pays en voie de développement, la constitution de banques d'état pour le financement du secteur agricole a été un échec complet. La thèse qui ressort de la compilation classique d'Adams, Graham et Von Pischke [14] est que ces banques sont en fait allées à l'encontre des objectifs de développement qu'elles étaient censées servir. D'autre part, les administrations de nombreux pays peuvent avoir des points de vue différents et continuent à intervenir directement dans le marché de la microfinance.

Il y a eu un long débat portant sur le compromis délicat entre la «proximité» c'est-à-dire la capacité des institutions de la microfinance à atteindre réellement les plus pauvres et les plus exclus et la «viabilité», c'est-à-dire leur capacité à couvrir de façon autonome leurs coûts opérationnels pour leur clientèle à un moment donné, et si envisageable, les coûts obligations par l'élargissement de leur clientèle). [15]. Quoiqu'il soit le plus souvent admis que les praticiens de la microfinance devraient rechercher à atteindre ces deux objectifs, on assiste à une gamme particulièrement ouverte de stratégies, depuis la BancoSol en Bolivie qui s'inscrit dans une logique de recherche du profit, certes minimaliste, jusqu'à la BRAC (Bangladesh Rural Advancement Committee) au Bangladesh qui exclut le profit. Ce débat entre deux orientations ne touchent pas uniquement chacune des institutions de microfinance, mais également les gouvernements engagés dans le développement de dispositifs de microfinance au niveau national.

Les pays dits développés ont aussi besoin de services de microfinance. Cependant, dans les économies développées, la concurrence au sein du secteur financier classique, combinée à la diversité des institutions financières assure l'accès à des services financiers à la grande majorité de la population. Selon Cheryl Frankiewicz, les tentatives de transférer dans les pays riches les innovations de la microfinance des pays pauvres comme les groupes de solidarité n'auraient rencontré qu'un modeste succès. En France des associations comme Association pour le droit à l'initiative économique (ADIE) s'inscrivent dans cette mouvance.


Les besoins financiers des pauvres

Dans les économies en voie de développement, et surtout dans les zones rurales, énormément d'activités qui seraient reconnues dans le monde développé comme relevant du secteur financier, ne sont pas monétisées, c'est-à-dire que ces activités peuvent être menées à bien sans recours à l'argent. Par définition, les pauvres ont particulièrement peu d'argent. Mais il arrive fréquemment que dans leurs vies se font jour des circonstances dans lesquelles ils auraient besoin d'argent ou de ce que l'argent peut acheter.

Dans son ouvrage The Poor and Their Money (Les pauvres et leur argent), Stuart Rutherford dresse une typologie des besoins de services financiers :[16] :

Les pauvres savent faire preuve d'imagination pour subvenir à ces besoins, essentiellement à travers la création et l'échange de différentes formes de biens non monétaires. Les substituts à l'argent fluctuent d'un pays à l'autre, mais il s'agit typiquement de bétail, de grains, de bijoux et de métaux précieux.

D'après Marguerite Robinson, les années 1980 ont montré que «la microfinance pouvait apporter une assistance à large échelle, et cela de façon profitable» et que dans les années 1990, «la microfinance commence à se développer comme une industrie»[18]. Dans les années 2000, l'objectif de l'industrie de la microfinance est de satisfaire la demande insatisfaite à une large échelle et de jouer un rôle dans la réduction de la pauvreté. Tandis que ces dernières décennies, énormément de progrès ont été réalisés par le développement d'un secteur de la microfinance viable, un certain nombre de questions restent à régler avant que cette industrie ne soit capable de satisfaire massivement la demande mondiale :

Comment les pauvres gèrent leur argent

Selon Rutherford, le problème financier typique qui est posé aux pauvres est l'accumulation d'une somme d'argent suffisamment importante pour être utile. Construire sa maison peut nécessiter de mettre en réserve divers matériaux de construction, pendant des années, jusqu'à ce qu'il y en ait assez pour pouvoir envisager de lancer la construction. La scolarisation des enfants peut être financée par l'élevage de poulets : il faut en premier lieu les acheter, puis les élever et les mettre en vente au fur et à mesure que tombent les échéances (uniformes, pots-de-vin, etc. (Parce que le montant est accumulé avant les échéances, cette stratégie de gestion de l'argent est nommée l'épargne a priori[19]

Fréquemment, les gens empruntent pour satisfaire un besoin qu'ils n'ont pas les moyens de financer. Une famille pauvre pourrait emprunter à des parents pour acheter une terre ou à un prêteur pour acheter du riz ou à une IMF pour acheter une machine à coudre. Comme ces crédits doivent être remboursée en économisant après avoir engagé la dépense, on parle d'épargne a posteriori. La position de Rutherford est que le microcrédit n'adresse que la moitié du problème, et , pense-t-il, la moitié la moindre : Les pauvres empruntent pour se donner les moyens d'épargner et de se former un patrimoine. Les IMF devraient financer leurs crédits à travers des comptes d'épargne pour aider les pauvres à faire face à l'ensemble des risques qui les menacent.

La plupart des besoins sont satisfaits en mélangeant l'épargne et le crédit. Une étude conjointe de la Grameen Bank et de deux autres grandes IMF du Bangladesh a montré que pour chaque euro prêté à des clients pour financer des micro-entreprises du secteur rural non agricole, il y en avait 2, 5 provenant d'autres sources, principalement l'épargne de leurs clients[20] En réalité, on retrouve la même tendance qu'en Occident où les petites entreprises familiales sont financées principalement par l'épargne, en particulier au cours de la phase de démarrage.

De récentes études ont aussi montré que les méthodes informelles d'épargne comme les tontines étaient particulièrement peu sûres. A titre d'exemple, l'étude de Wright et Mutesasira en Ouganda a conclu qu'«ceux qui n'ont pas d'autre choix que d'épargner dans le secteur informel sont quasiment obligés de perdre de l'argent, certainement le quart de la somme épargnée. ». ”[21]

Les travaux comme ceux de Rutherford, Wright ont conduit les praticiens à remettre en question le paradigme respectant les traditions du microcrédit, Les pauvres sortent de la pauvreté en empruntant, créant leur micro-entreprise et accroissant leurs revenus. Le nouveau paradigme attache plus d'importance aux efforts des pauvres pour diminuer leurs nombreuses vulnérabilités en augmentant la part de leurs revenus qu'ils gardent pour se former un patrimoine. Tandis qu'ils ont besoin de crédits, ils peuvent trouver aussi utile d'emprunter pour leur consommation que pour la micro-entreprise. Un lieu sûr et flexible pour placer son argent et le dépenser au moment adequat est aussi important pour gérer sa maisonnée et ses risques familiaux.

Statistiques et données chiffrées

Une étude de 2004 a tenté de recenser les institutions financières alternatives dans le monde en voie de développement. [22]. Les auteurs, Christen, Rosenberg et Jayadeva dénombrent 665 millions de comptes clients répartis dans 3000 institutions qui proposent leurs services à des populations plus pauvres que celles alimentées par les banques commerciales. En réalité, seuls 120 million de ces comptes ressortent de ce qu'on entend normalement par IMF. Parmi les autres, 318 millions sont gérés par des caisses d'épargne, intégrées aux services postaux, 172 millions par des institutions bancaires étatiques orientées vers l'agriculture ou le développement et 35 millions par des coopératives financières ou des coopérative de crédit. Les 19 millions de comptes restant sont gérés par des banques rurales [23].

C'est en Inde qu'on retrouve la plus grande concentration avec 188 millions de comptes représentant 18% de la population totale. L'Amérique latine et les Caraïbes sont spécifiquement mal alimentées, tout au moins si on s'en tient à l'étude de Christen, Rosenberg et Jayadeva qui n'y relèvent que 14 millions de comptes correspondant à 3% de la population. L'Afrique est à un niveau presque équivalent avec 27 millions de comptes correspondant à 4% de la population. Si on considère que la majorité des clients du monde développé ont recours à plusieurs comptes pour gérer leurs affaires, ces chiffres montrent que énormément de chemin reste à faire pour le mouvement de la microfinance. D'une façon générale, et quelle que soit la zone géographique reconnue, dans le décompte de Christen, quand on considère le type de services apportés, les Compte d'épargne sont quatre fois plus nombreux que les crédits”[24].

On trouve une foultitude de données détaillées sur les IMF dans le MicroBanking Bulletin. Ainsi, à la fin 2006, cette revue donnait un panorama de 704 IMFs qui desservaient 52 millions d'emprunteurs avec un montant total des crédits en cours de 23, 3 milliards de dollars et 56 millions d'épargnants avec un total des dépôts de 15, 4 milliards de dollars. 70% de ces clients étaient en Asie et 20% en Amérique latine. [25].

On ne dispose pas encore d'études qui indiqueraient comment se répartissent les institutions de microfinance informelles comme les tontines et les associations informelles qui aident les gens à faire face aux dépenses comme les mariages, les funérailles et les maladies. De nombreuses études de cas ont quand même été publiées qui montrent que ces structures qui sont le plus souvent mises sur pied et gérées par les populations pauvres avec un minimum de soutiens externes opèrent dans la majorité des pays du monde en voie de développement[26].

Les dispositifs financiers «inclusifs»

L'ère du microcrédit qui a commencé dans les années 1970 a laissé la place à une approche moins restrictive de systèmes financiers. Tandis que le microcrédit a connu un certain succès pour les projets d'entreprises familiales de zones urbaines ou périurbaines, son développement a été assez plus faible dans les zones de moindre densité. D'autre part, il semble douteux que le mouvement du microcrédit ait atteint l'un de ses objectifs majeurs qui était d'évincer les prêteurs respectant les traditions qui pratiquent fréquemment des taux d'intérêts de 10% par mois.

La nouvelle approche des dispositifs financiers reconnaît davantage la richesse des siècles d'histoire de la microfinance et l'immense diversité des institutions au service des pauvres dans le monde en voie de développement d'aujourd'hui. L'approche nouvelle s'enracine aussi dans une prise de conscience croissante de la diversité des besoins des populations les plus pauvres en matière de services financiers et de la diversité aussi de leurs conditions de vie et de travail.

Dans son ouvrage La création de secteurs financiers accessibles à tous, Brigitte Helms distingue quatre catégories de prestataires de microfinance et plaide pour une stratégie pro-active impliquant chacune de ces catégories pour les mobiliser au service des idéaux du mouvement de la microfinance[27].

Les prestataires informels de services financiers

On inclut dans cette catégorie les prêteurs respectant les traditions, les prêteurs sur gage, les collecteurs d'épargne, les garde-monnaie[28], les tontines, les «ASCAs» et «input supply shop». Parce qu'ils connaissent bien les gens de leur communauté ou d'autre part ils vivent, ces prestataires informels comprennent bien le contexte financier de leurs interlocuteurs et peuvent leur offrir des services flexibles, rapides et personnalisés. Ces services peuvent aussi être coûteux et le choix des produits financiers limités ainsi qu'à particulièrement court terme. Quant à l'épargne, elle est particulièrement risquée et énormément d'épargnants y perdent leur argent.

Les associations mutualistes

Il s'agit des Groupes d'entraide, des Coopératives de crédit, ainsi qu'une variété hybride de structures comme les associations de services financiers et les CVECAs (Caisse Villageoise d'Epargne et de Crédit Autogérée). Comme les prestataires informels, ces associations mutualistes sont le plus souvent de petites structures bien implantées au niveau local, ce qui implique qu'elles auront une bonne connaissance du contexte financier des uns et des autres et pourront offrir des services personnalisés et flexibles. Comme leurs gestionnaires sont pauvres, les coûts d'opérations seront bas. Par contre, ces amateurs ne sont pas forcément particulièrement compétents dans le domaine financier et peuvent paniquer quand la situation économique s'obscurcit ou que les opérations deviennent trop complexes. Comme ils sont effectivement encadrés, ils peuvent être sous l'emprise d'un ou deux leaders influents et les membres peuvent perdre leur argent.

Les ONG

Le Microcredit Summit Campaign a recensé 3 133 ONG en contact avec 113 million de clients à la fin de 2005[29]. Les plus grosses de ces ONG sont la Grameen Bank et la BRAC au Bangladesh, Prodem en Bolivie, et FINCA International, dont le siège est à Washington. Ces ONG qui se sont développées à travers le mode depuis 1975 se sont montées particulièrement innovantes dans des formules bancaires comme le crédit solidaire, la banques villageoises[30]. et les services bancaires mobiles [31]. Elles ont réussi à casser les barrières qui pouvaient leur interdire d'accéder aux populations les plus pauvres. Néanmoins, avec des conseils d'administration qui ne représentent pas obligatoirement le capital ou les clients, elles peuvent souffrir d'une gouvernance fragile et risquent de devenir excessivement dépendantes des donateurs externes.

Les structures financières institutionnelles

Dans cette catégorie, en plus des banques commerciales, il faut classer les banques d"état, les banques de développement agricole, les banques d'épargne, les banques rurales et les institutions financières non-bancaires. Ces structures sont gérées et dirigées classiquement, offrent une large gamme de services financiers et contrôlent des réseaux d'agences qui peuvent s'étendre au-delà des frontières de leur pays d'origine. Ces institutions se sont néanmoins révélées être particulièrement réticentes à assumer des missions sociales et , parce que leur coût par opération est élevé, elles ne peuvent fréquemment pas proposer leurs services aux populations pauvres ou exclues. L'usage de plus en plus habituel des informations non financières[32] pour mesurer les risques de certains crédit comme les crédits à la consommation a suscité un intérêt croissant de ces institutions pour la microfinance [33]

Avec une gestion correcte et un bon encadrement, chacune de ces structures internationales peut résoudre certains problèmes de la microfinance. A titre d'exemple, des tentatives ont été faites pour mettre en relation des self-help groups avec des banques commerciales et des réseaux mutualistes en vue d'effectuer des économies d'échelle et d'encourager les efforts des banques commerciales d'aller au-devant des petits clients en intégrant dans leurs réseaux la banque mobile et les technologies de paiement électronique.

Critiques de la microfinance

Est-il évident que la microfinance diminué la pauvreté ?

Pour énormément de partisans de la microfinance, l'évidence que la microfinance est un outil efficace de lutte contre la pauvreté va de soi. Cette croyance a été l'objet d'un certain nombre de critiques[34]. Le sociologue Jon Westover a trouvé que la majeure partie de l'évidence de l'efficacité de la microfinance à diminuer la pauvreté reposait sur des études de cas anecdotiques. Il a passé au crible 100 articles sur le sujet. Six articles uniquement prenaient appui sur des données assez quantitatives pour être représentatives. Parmi ces 6 publications, l'une d'entre elles trouvait que la microfinance réduisait la pauvreté. Deux autres étaient dans l'incapacité de conclure que la microfinance réduisait la pauvreté quoique les auteurs attribuassent quelque effet positif au programme reconnu. Les 3 autres études parvenaient, en gros, à la même conclusion : une majorité des participants avaient le sentiment que leurs affaires financières avaient évolué favorablement mais certains avaient le sentiment inverse[35].

Le guide de la Microfinance de Boyé, Hajdenberg et Poursat, s'il reconnaît que certaines études ont conclu à l'absence d'impact ou à un impact négatif, ne leur donne guère de signification à cause de la fréquence trop faible de ces résultats. Les auteurs du guide retiennent que plusieurs études[36] menées à des années d'écart et sur différents continents ont montré que l'action des IMF recueillait des résultats impressionnants, tant sur le plan économique avec des impact sur le niveau de revenu et la capacité à épargner que sur le plan social avec des effets sur la scolarisation des enfants, l'accès aux soins et le perfectionnement de l'habitat[37].

Taux d'intérêt élevé pour le microcrédit

Des critiques se sont aussi élevées sur les taux d'intérêt élevés auxquels devaient consentir les emprunteurs. En 2006, la moyenne des taux d'intérêt annuels se situait à 23, 3% pour un échantillon de 704 IMF ayant accepté de soumettre leurs bilans au MicroBanking Bulletin. [38]. Muhammad Yunus s'est exprimé sur ce point dans l'édition 2007 d'Un Monde sans Pauvreté. Pour le fondateur de la Grameen Bank, les IMF qui proposent des taux d'intérêt supérieurs à 15% pour des crédits à long terme, devraient être pénalisées.

Bonne utilisation de l'argent des donateurs ?

La bonne utilisation de l'argent des donateurs a aussi été mis en question. Le CGAP a récemment émis l'idée que «Une large part de l'argent dépensé n'est pas utilisé efficacement, soit parce qu'il se retrouve raccroché à des mécanismes de financement compliqués, ou bien l'argent est confié à des partenaires dont les performances ne sont pas crédibles. Occasionnellemen, des programmes mal conçus ont retardé le développement de dispositifs financiers inclusifs en produisant des distorsions de marché et en détournant des initiatives commerciales domestiques vers de l'argent bon marché ou gratuit.»[39]

Exploitation des bénéficiaires des IMF ?

On a aussi reproché aux animateurs des IMF de ne pas porter assez d'attention aux conditions de travail des ménages pauvres, en particulier quand les emprunteurs deviennent des quasi-salariés des IMF à qui ils vendent de l'artisanat ou des produits agricoles qui ils travaillent. La détermination des IMF à aider les emprunteurs à diversifier ainsi qu'à accroître leurs revenus a induit ce type de relations dans plusieurs pays, surtout au Bangladesh, où des centaines de milliers d'emprunteurs travaillent effectivement comme salariés pour des filiales commerciales de la Grameen Bank ou de la BRAC. Selon ces critiques, les horaires, les vacances, les conditions de travail mais aussi la sécurité ne seraient pas soumises à une quelconque réglementation et les contrôles pour débusquer les abus seraient exceptionnels. [40].

Faut-il cibler les plus pauvres ?

Parmi les programmes de microfinance, certains se donnent pour objectif spécifique de toucher des populations pauvres, quelquefois même, «les plus pauvres». Ainsi les familles les plus démunies pourraient-elles perfectionner leur situation grâce à la microfinance. Cette affirmation a soulevé quelques questions[41] :

Sur ces questions, les auteurs du Guide de la Microfinance proposent quelques réponses[42] :

Notes

  1. * Portail de la microfinance - Qu'est-ce que la microfinance
  2. Robert Peck Christen, Richard Rosenberg & Veena Jayadeva. Financial institutions with a double-bottom line : implications for the future of microfinance. CGAP Occasional Paper, July 2004, pp. 2-3.
  3. Hernando de Soto, L'autre sentier, 1994, La découverte, page inconnue. édition anglaise The Other Path : The Invisible Revolution in the Third World. Harper & Row Publishers, New York, 1989, p. 162.
  4. Marguerite Robinson. The Microfinance Revolution : Sustainable Finance for the Poor World Bank, Washington, 2001, pp. 199-215
  5. Sébastien Boyé, Jérémy Hajdenberg, Christine Poursat, Le guide de la microfinance, Eyrolles, 2006, p. 19
  6. Brigit Helms, Building Inclusive Financial Systems, The World Bank, 2006, Washington, isbn =0821363603
  7. Boyé et al. p. 20
  8. Boyé et al. p. 21
  9. Microfinance : An emerging investment opportunity. Deutsche Bank Dec 2007
  10. http ://www. citigroup. com/citigroup/microfinance/data/news080303b. pdf
  11. Helms (2006), p. xi
  12. Helms (2006), p. xii
  13. Robert Peck Christen. What micrœnterprise credit programs can learn the moneylenders, Accion International, 1989
  14. Adams, Dale W., Douglas H. Graham & J. D. Von Pischke (eds. ). Undermining Rural Development with Cheap Credit. Westview Press, Boulder & London, 1984.
  15. Voir, par exemple Adrian Gonzalez & Richard Rosenberg. The state of microfinance : outreach, profitability and poverty, Consultative Group to Assist the Poor, 2006. Les termes anglais de l'alternative sont outreach/sustainability, c'est-à-dire littéralement assistance sociale et durabilité
  16. Stuart Rutherford. The Poor and Their Money. Oxford University Press, New Delhi, 2000, p. 4. isbn =019565790X
  17. Le terme anglais de «bulldozing» me parait plus approprié, mais je ne sais pas comment le traduire
  18. Marguerite Robinson, The Microfinance Revolution : Sustainable Finance for the Poor, Banque mondiale, 2001, p. 54
  19. épargne a priori : c'est la traduction du terme anglais saving up imaginé par Rutherford. Cette traduction est proposée par Boyé et al., Guide de la microfinance, p. 34 tandis que saving down est traduite par épargne a posteriori
  20. Khandker, Shahidur R. Fighting Poverty with Microcredit, Bangladesh edition, The University Press Ltd, Dhaka, 1999, p. 78.
  21. Graham A. N. Wright and Leonard Mutesasira. The relative risks to the savings of poor people, Micro-Save Africa, January, 2001.
  22. Robert Peck Christen, Richard Rosenberg & Veena Jayadeva. Financial institutions with a double-bottom line : implications for the future of microfinance. CGAP Occasional Paper, July 2004.
  23. Dans cette phrase, un certain nombre de termes ont été traduits de l'anglais, il faudra regarder de près de quoi il s'agit.
  24. Christen, Rosenberg & Jayadeva. Financial institutions with a double-bottom line, pp. 5-6
  25. The MicroBanking Bulletin #15, Microfinance Information eXchange, 2007, pp. 30-31.
  26. Voir, par exemple, Joachim de Weerdt, Stefan Dercon, Tessa Bold and Alula Pankhurst, Membership-based indigenous insurance associations in Ethiopia and Tanzania. Voir aussi tontines.
  27. Brigit Helms, La création de secteurs financiers accessibles à tous, CGAP/World Bank, Washington, 2006, pp35-37 de l'édition anglaise Access for All : Building Inclusive Financial Systems.
  28. Sert à désigner une personne conservant l'argent d'un tiers, fréquemment un parent ou ami.
  29. Sam Daley-Harris. State of the Microcredit Summit Campaign Report 2006, Microcredit Summit Campaign, Washington, 2006.
  30. Traduction de l'anglais Village Banking, Voir en :Village Banking
  31. Traduction de l'anglais Mobile Banking, à vérifier. Voir en :Mobile banking
  32. informations non financières : en anglais, alternative data
  33. Turner, Michæl, Robin Varghese, et al. Information Sharing and SMME Financing in South Africa, Political and Economic Research Council (PERC), p58.
  34. T. Dichter, Hype and Hope : The Worrisome State of the Microcredit Movement, [[Consultative Group to Assist the Poor (CGAP) |]]
  35. Westover J. (2008). The Record of Microfinance : The Effectiveness/Ineffectiveness of Microfinance Programs as a Means of Alleviating Poverty. Electronic Journal of Sociology.
  36. Études de synthèse citées par Boyé et al.
    Dossier thématique réalisé par le comité CERISE Impact et performances sociales
    Elizabeth Littlefield, Jonathan Morduch, et Syed Hashemi, Is Microfinance an Effective Strategy to Reach the Millennium Development Goals?, FocusNote n°24, Consultative Group to Assist the Poor (CGAP), Jan 1st 2003
    B. Haley et J. Murdoch, Analysis of the effects of microfinance on poverty reduction, Results Canada, Canadian International Development Agency, 2001.
  37. Boyé et al., Guide de la Microfinance, pp. 93-96
  38. Microfinance Information Exchange, Inc. MicroBanking Bulletin, Issue #15, Autumn, 2007, p. 48.
  39. Brigit Helms. Access for All : Building Inclusive Financial Systems. CGAP/World Bank, Washington, 2006, p. 97.
  40. Farooque Chowdhury. The metamorphosis of the micro-credit debtor New Age, June 24, 2007.
  41. Boyé et al., Guide de la Microfinance, pp. 100-101
  42. Boyé et al., Guide de la Microfinance, pp. 104

Voir aussi

Bibliographie

Bibliographie proposée dans le guide de la microfinance

Stuart.

Autres ouvrages en français

Ouvrages proposés par l'aticle de la wiki anglaise

Lien externe

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