Effet multiplicateur du crédit

Dans le contexte du dispositif dit de Réserves Fractionnaires, l'expansion monétaire est en partie la conséquence de l'effet multiplicateur du crédit.



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Dans le contexte du dispositif dit de Réserves Fractionnaires, l'expansion monétaire est en partie la conséquence de l'effet multiplicateur du crédit. Ce terme sert à désigner le rapport existant entre l'augmentation de monnaie centrale (voir base monétaire) nouvelle émise par la banque centrale et la quantité de monnaie issue du crédit accordé par les établissements de crédit permise par cette augmentation.

Principe

Une banque commerciale crée de la monnaie à l'instant où elle conclut un contrat de prêt avec un emprunteur (voir création monétaire pour plus de détails). La banque crédite alors le compte de l'emprunteur d'une certaine somme d'argent en échange d'une créance : c'est la monétisation d'un actif. Mais la banque commerciale est tenue à un certain nombre de règles formelles qui limitent son pouvoir de création monétaire : elle doit disposer en Banque Centrale d'un pourcentage déterminé des dépôts de ses clients (les réserves obligatoires, noté r) et satisfaire à la demande d'espèces (noté b) qu'elle va devoir aussi se procurer auprès de la Banque Centrale. Une partie de la monnaie créée aboutit chez d'autres organismes financiers lors de paiements.

Par les règles qu'elles imposent et en particulier par la politique monétaire, la quantité globale de monnaie reste néanmoins sous le contrôle des autorités. Cela justifie une analyse de l'effet multiplicateur en sens inverse : l'approche dite du «diviseur». Celle-ci considère au contraire que la monnaie est endogène, c'est-à-dire que son évolution est déterminée par les besoins de financement des agents non bancaires ; la causalité est alors inverse, dans le sens de la monnaie indispensable vers la monnaie "banque centrale". Le dispositif bancaire, puis in fine la banque centrale, ajuste la quantité de monnaie émise suivant les besoins[1]. En période de crise, modifiant les habitudes financières (prédilection pour la liquidité, etc. ), le multiplicateur peut changer tandis que le besoin de monnaie subsiste, provoquant un resserrement du crédit ("credit crunch"), ce qui justifie une augmentation des émissions par les autorités monétaires pour maintenir la quantité de monnaie.

Mesures et limites

Effet multiplicateur du crédit avec un exemple de 1 000 et une réserve de 20 %

Le «multiplicateur de crédit» est habituellement défini comme le cœfficient mesurant le supplément de crédit dans l'économie résultant d'une augmentation de la «monnaie banque centrale» (la monnaie banque centrale correspond à la monnaie émise par la banque centrale (monnaie fiduciaire) ainsi qu'aux soldes créditeurs des établissements financiers privés auprès de la banque centrale) [2].

Les établissements de crédit sont autorisés par les autorités monétaires à émettre des crédits tant qu'ils disposent de réserves suffisantes en leur possession : les réserves obligatoires[3], dont le niveau est fixé par les autorités monétaires (actuellement de 2 % dans la zone euro). Les autorités monétaires peuvent utiliser ce niveau comme un outil monétaire, l'augmentant pour ralentir l'investissement, le baissant pour l'encourager : un niveau élevé restreint de facto les possibilités de prêt des établissements de crédit. Cet outil est peu utilisé dans les pays développés, où les banques centrales utilisent plutôt les taux directeurs pour réguler l'investissement : le taux minimal de réserves obligatoires y fluctue par conséquent peu, et est quelquefois non contraignant.


Ce mécanisme a été une des causes de la Grande Dépression, à une époque où les autorités monétaires n'avaient pas suffisamment conscience des risques inhérents[réf.  nécessaire].

L'effet multiplicateur de crédit est quelquefois utilisé de manière sincère ou non pour argumenter une critique du dispositif financier contemporain : il permettrait une «création ex nihilo» de monnaie que feraient les établissements de crédit et dont ils «profiteraient». Toute création de monnaie trouve cependant son origine dans une augmentation de la base monétaire de la banque centrale, décidée par elle unilatéralement. Voir la section Critique.

L'effet multiplicateur est dans la pratique évalué entre 1 et 3 pour M1, ainsi qu'à des valeurs plus élevées pour M2 et M3. A titre d'exemple, dans l'État du Missouri, pour M1, il est évalué en 2007 à 1, 5[4]. La BCE signale en 2000 que le multiplicateur du crédit M3 a récemment augmenté dans la zone euro, sans en donner la valeur[5]. Le multiplicateur M2 au Japon est évalué à 10 en 2000, en baisse[6].

Formalisation

La base monétaire, nommée «monnaie banque centrale» MBC, est le passif de la banque centrale, c'est-à-dire les réserves obligatoires RO que les établissements de crédit y ont positionnées en dépôts, et la monnaie fiduciaire notée B qu'elle a émise. Elle est notée MBC \equiv RO + B.

Le multiplicateur de crédit macroéconomique, noté m, est défini comme m=\frac{M}{MBC}.

Il détermine par conséquent l'étendue de la masse monétaire M (au choix M1, M2, ou M3).

On définit r le taux de réserves obligatoires, r = \frac{RO}{D}D représente les dépôts à vue.

On a par conséquent simplement MBC = B + r * D.

On nomme b la propension moyenne des agents non financiers à détenir de la monnaie fiduciaire, soit b = \frac{B}{M}.

Au final, m = \frac{M}{B + r * D}, par conséquent puisque \frac{D}{M} = 1 - b, on obtient m = \frac{1}{b + r * ( 1 - b) }.

m multiplicateur du crédit sert à désigner par conséquent le mutliplicateur de crédit de l'économie, qui mesure la quantité de monnaie totale présente comparé à la «monnaie banque centrale».


Une banque isolée dispose néanmoins d'une capacité de création monétaire

Considérons que la part de marché des autres banques est noté f

Le multiplicateur de crédit d'une banque est :

m = 1 / b + f (1 - b) + r (1 – b – f (1 – b) )

Exemples pratiques

Capacité de création monétaire d'une banque prise isolément :

Si la prédilection pour les billets est de 12% des dépôts, que le cœfficient de réserves obligatoires est de 4% et que la part de marché des autres banques est de 90%, l'application de la formule ci dessus nous indique que pour des réserves excédentaires disponibles de 1.000 en monnaie centrale, la banque pourra proposer des crédits nouveaux à hauteur de 1.092, 28

On a par conséquent dans cet exemple un effet multiplicateur de 1, 09.


Capacité de création monétaire d'un dispositif bancaire :

Si la création monétaire est le fait de la totalité du dispositif bancaire commercial, et non plus d'une seule banque, il ne reste plus à considérer que la prédilection pour les billets de 12% des dépôts, et le cœfficient de réserves obligatoires de 4%. L''application de la formule ci dessus nous indique que pour des réserves excédentaires disponibles de 1.000 en monnaie centrale, le dispositif bancaire pourra proposer des crédits nouveaux à hauteur de 6.443, 28

Sur lesquels :

773, 20 se retrouveront en monnaie fiduciaire dans le circuit économique

226, 80 se retrouvent en réserves obligatoires auprès de la banque centrale

le retour des dépôts dans le dispositif bancaire sera de 5670, 10.

On a par conséquent dans cet exemple un effet multiplicateur de 6, 44.

Critique

Cet effet multiplicateur est quelquefois suspecté de provoquer un fort accroissement de la masse monétaire, à qui il arrive effectivement de croître à des taux élevés, par exemple à la fin des années 1990 et dans la première moitié des années 2000[7]. Le prix nobel d'économie Maurice Allais, assez isolé dans ce jugement, considérait en 1999 :

«Dans son essence, la création monétaire ex nihilo actuelle par le dispositif bancaire est semblable, je n'hésite pas à le dire pour bien faire comprendre ce qui est réellement en cause, à la création de monnaie par des faux-monnayeurs, si précisément condamnée par la loi. Concrètement elle aboutit aux mêmes résultats. L'unique différence est que ceux qui en profitent sont différents[8]

La question de la destination de ce «profit» peut alors se poser.

D'autres économistes ont avant lui critiqué ce dispositif. Ainsi, Ludwig von Mises écrivait en 1912[9] :

«Ce serait une erreur de croire que l'organisation moderne de l'échange peut continuer ainsi. Elle porte en elle le germe de sa propre destruction ; le développement de la monnaie fiduciaire doit obligatoirement mener à son effondrement.»

Murray Rothbard développa des théories proches, insistant sur l'effet inflationniste d'un tel dispositif. Ainsi dans Fractional reserve banking, il comparait ce dispositif à de la création «par magie»[10].

C'était aussi l'avis d'Irving Fisher qui a proposé dès 1936 le "100% money"

James Robertson et d'autres auteurs altermondialistes souhaitent ramener le processus de création monétaire sous le contrôle de l'État et jugent que le dispositif actuel n'est pas aligné «sur des principes de justice économique et sur les réalités de l'ère de l'information, à tel point que la confiance dans la démocratie même en est sérieusement ébranlée»[11].

Une solution nommée crédit social ou dividende monétaire préconisée par certains libéraux démocrates et historiquement due à Clifford Hugh Douglas est que toute création de monnaie libre de dette (augmentation de la masse monétaire centrale) soit distribuée à la totalité des citoyens de façon idéalement équitable, et que la monnaie créée par l'emprunt (monnaie temporaire) soit mécaniquement limitée à deux fois la masse monétaire centrale (monnaie permanente).

Notes et références

  1. La monnaie et ses mécanismes, éditions La découverte, page 23, 5° édition
  2. Le multiplicateur de credit generalisé. Un modele probabiliste, par Jean Marchal et Frédéric Poulon, entête
  3. Voir Réserves obligatoires et Les réserves obligatoires sur le site de la Banque de France. Consulté le 3 octobre 2007
  4. graphe FED Saint-Louis
  5. (en) http ://www. ecb. int/press/key/date/2000/html/sp000628. en . html
  6. (en) étude japonaise, page 14 [pdf]
  7. Voir graphiques p. 13, Excès de liquidité monétaire et prix des actifs, document de travail de la Banque de France, Septembre 2005
  8. La Crise mondiale d'aujourd'hui. Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires, Maurice Allais, éd. Clément Juglar, 1999, p. 110
  9. Ludwig von Mises : The Theory of Money and Credit, 1912, p. 409
  10. (en) Fractional reserve banking, Murray Rothbard sur le site de Lew Rockwell
  11. James Robertson & John Bunzl, en anglais Monetary Reconstitu - Making it Happen, et traduction française La réforme monétaire – Bientôt une réalité !

Voir aussi


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