Déflation

En économie, une déflation est une baisse de l'indice des prix observée sur une période suffisamment longue. Le phénomène opposé, énormément plus habituel, est l'inflation.


Catégories :

Inflation - Taux d'intérêt - Finance

Définitions :

  • Baisse des prix généralisée, signe d'un ralentissement économique ou d'une baisse de la demande. (source : france24)

En économie, une déflation est une baisse de l'indice des prix observée sur une période suffisamment longue[1] (plusieurs trimestres). Le phénomène opposé, énormément plus habituel, est l'inflation (hausse des prix). Les prix étudiés sont implicitement les prix à la consommation, et l'indice de prix utilisé est alors l'indice des prix à la consommation (IPC). La déflation ne doit pas être confondue avec la désinflation qui est un ralentissement de l'inflation, par conséquent une diminution du taux d'inflation, c'est-à-dire que le niveau général des prix augmente moins vite.

La déflation est ainsi un mouvement persistant à la baisse, au fil du temps, du prix moyen des biens et services, c'est-à-dire du coût de la vie. Sans mention explicite, il ne s'agit pas de la baisse du prix d'un bien ou même des prix d'un secteur d'activité, mais du niveau moyen de la totalité des prix. On parle néanmoins de déflation sectorielle, pour les prix d'un secteur spécifique (par exemple, le secteur informatique a connu au cours des années 1990 et 2000 une déflation sectorielle), et de déflation des actifs (immobiliers, financiers, etc. ) quand ce sont les prix de certains ou de l'ensemble des actifs qui sont étudiés (l'évolution de leur prix pouvant être déconnecté du niveau général des prix à la consommation).

Au cours du XXe siècle, les périodes de déflation ont été exceptionnelles.

Périodes historiques de déflation

Les périodes de déflation historiques les plus connues ont été :

À la fin du XIXe siècle il y eut une longue période de déflation, mais, pendant laquelle la croissance était soutenue. Cette déflation était due à une croissance limitée de la masse monétaire, à cause de l'étalon-or[2], pendant une forte croissance de la productivité, en partie à cause de deux chocs technologiques majeurs : la diffusion de l'énergie électrique et la révolution des transports[réf.  nécessaire]. Durant cette période le prix des actifs a diminué de façon continue. La baisse des prix était accompagnée par une hausse continue du pouvoir d'achat.

Une autre période de déflation générale, à laquelle on fait le plus fréquemment référence, est celle de la Grande dépression des années 1930 après l'effondrement des actifs boursiers de 1929. Entre décembre 1929 et mars 1933, les prix ont baissé de 27% aux États-Unis[réf.  nécessaire]. Ce net recul accompagnait un effondrement de la demande et de l'activité. L'emploi baissa de 16% en trois ans et la totalité des salaires versés subit un recul de plus de 40%, créant dans le pays une situation sociale dramatique.

Après les accords de la Jamaïque (1976), les banques centrales ont cherché à éviter les périodes de déflation.

La possibilité d'une déflation durant l'année 2009 a été envisagée par plusieurs pays. Le thème des danger de la déflation a ressurgi à l'occasion de la déflation observée au Japon depuis 1998 et de l'incapacité des économies occidentales à retrouver le chemin d'une croissance soutenue. L'économie mondiale s'est ralentie nettement depuis la mi-2000, phénomène aggravé suite aux attentats terroristes de septembre 2001. Par conséquent, si la demande ne se fait pas plus pressante, il ne peut y avoir de tensions sur les prix et un risque de déflation peut apparaître[3].

La déflation est reconnue par les économistes keynésiens comme une calamité, associée à un ralentissement ou une baisse de la demande réduisant l'activité économique. Pourtant, une période économiquement morose n'est pas nécessairement conjuguée à une déflation (cf. épisodes de stagflation), et une déflation n'est pas nécessairement une période de réduction de l'activité.

Déflation sectorielle

La déflation sectorielle est le plus souvent une bonne chose lorsqu'elle est la traduction de la transformation d'une nouveauté technologique en bien de grande consommation et en gains de productivité. On retrouve là, les études sur la question de la valeur économique initiées par Alfred Marshall.

La révolution des transports par chemin de fer au XIXe siècle, la diffusion de l'électricité, le développement de la consommation des biens électroménagers, de la voiture, de l'aviation, des produits bruns, de l'informatique et de la téléphonie, ont génèré une érosion des prix accompagnée d'une croissance forte de la richesse et de l'emploi dans les nations industrialisées. La baisse continue des prix dans ces secteurs a permis au plus grand nombre de s'équiper ou de profiter de ces nouvelles technologies appliquées, suscitant de nouveaux gains de productivité et l'ouverture de nouveaux marchés au niveau mondial.

L'accroissement de la demande en main d'œuvre bon marché des pays asiatiques depuis les années 1970, et en particulier depuis l'arrivée de la Chine dans la production mondiale de produits industriels depuis les années 1990, a permis un développement rapide et immense de l'emploi et de la richesse dans les pays asiatiques et une explosion du commerce international, par exemple dans le textile, la chaussure, les jouets, le petit matériel électronique ou ménager et les objets de décoration. La production dans ces pays a augmenté énormément plus qu'elle n'a baissé dans le même temps en Europe ainsi qu'aux États-Unis dans ces secteurs de l'industrie, et la consommation s'est accru beaucoup en dépit des baisses des prix (qui pourrait, dans la pensée keynésienne, conduire à un report dans le temps de la consommation pour profiter d'un coût toujours moindre plus tard).

La déréglementation peut aussi être un facteur de bonne déflation en facilitant par la concurrence la baisse des coûts des services — télécommunications, assurances — et l'introduction de nouveaux services, créant par conséquent de nouveaux emplois et de nouvelles richesses.

Déflation générale

Une déflation générale a des conséquences différentes selon les écoles économiques.

Les keynésiens[réf.  nécessaire] craignent (et anticipent) que la déflation incite à différer sa consommation en thésaurisant — une même somme d'argent permettra d'acheter davantage de biens dans le futur, comparé à un achat immédiat. Si ce phénomène l'emporte sur l'«effet prix» (qui, lui, incite à consommer davantage quand les prix baissent, grâce à la hausse du pouvoir d'achat qui en résulte), alors la demande baisse, la production aussi, et on rentre dans une spirale déflationniste. Qui plus est , les outils de la politique monétaire perdent de leur efficacité (voir infra : politique des banques centrales contre la déflation)  : les agents économiques ne mettront pas leur argent en dépôt contre des taux d'intérêt négatif (autant pour eux le garder), ce qui rend les taux directeurs inopérants.

Les états et leurs économistes-maison s'inquiètent aussi énormément du risque de déflation sur leur bilan et leurs recettes. Leur endettement massif veut dire qu'en cas de déflation, il leur faudra rembourser plus qu'avant (l'inflation ayant l'effet inverse). Pire toujours : par la dilution du pouvoir d'achat de la masse monétaire existante dans une masse monétaire accrue, l'inflation est un impôt sur la détention de monnaie, au profit de l'émetteur de monnaie ; la déflation a l'effet rigoureusement inverse : le pouvoir d'achat de la masse monétaire existante s'accroit, et l'émetteur de monnaie perd une ressource importante, ce qui réduit son pouvoir d'influence.

Il faut cependant insister sur le fait que, plus que la variation du niveau général des prix, ce sont les écarts entre les anticipations et les réalisations qui comptent. Les taux d'intérêt des emprunts tiennent compte de la variation du niveau général des prix (le Taux d'intérêt réel), que ce dernier soit en hausse (inflation) ou en baisse (déflation). La mécanique est perturbée quand les anticipations ne se réalisent pas : si l'augmentation des prix est plus forte que ce qui était explicitement ou implicitement prévu par les contrats, les emprunteurs sont avantagés au détriment des créanciers, et vice versa si les prix baissent plus (ou n'augmente pas tout autant) que prévu, comme il a été mis en évidence dans un célèbre article d'Irving Fisher paru en 1933. La situation des emprunteurs et des créanciers n'est cependant pas symétrique : l'appauvrissement des créanciers nets n'a pas d'effet immédiat à part une baisse de leur capacité de financement futur, tandis que l'alourdissement de la charge des emprunteurs nets peut les conduire à la faillite et finalement à l'appauvrissement des créanciers qui ne sont pas remboursés. C'est ce qui rend l'inflation croissante plus confortable à court terme.

La variation du niveau général des prix n'aura d'effet que quand, pour différentes raisons, les sommes versées sont rigides. Si, par exemple, les salaires versés ne peuvent pas baisser pour des raisons légales ou contractuels, la déflation augmente le pouvoir d'achat des salariés. L'effet sur l'économie générale sera variable selon que les entreprises peuvent ou non offrir à leurs salariés cette hausse de pouvoir d'achat, ce qui dépendra de la variation des volumes vendus et des gains de productivité.

Politique des banques centrales contre la déflation

Pour lutter contre la déflation, les banques centrales ont la possibilité de répondre par une baisse des taux d'intérêt, mais il y a alors trois limites majeures à cette politique, car une baisse des taux peut conduire à reporter le problème à plus tard en l'aggravant[réf.  nécessaire] :

L'expérience des politiques économiques [réf.  nécessaire] montre qu'il est de fait particulièrement complexe de sortir d'une période de déflation par une baisse des taux d'intérêt. Le Japon est englué dans la déflation depuis le krach boursier et immobilier qu'il a connu en 1990. Néenmoins il a maintenu depuis une politique de taux 0.

Les autorités décisionnelles qui ont la responsabilité des politiques économiques doivent par conséquent être particulièrement vigilantes, afin d'intervenir le plus en amont envisageable, et de tenter de modifier les anticipations d'achats. C'est pour cette raison, que les autorités monétaires américaines, européennes, mais également le FMI n'hésitent pas à mettre l'accent sur ce risque, avec comme objectif précisément d'affecter les anticipations des agents économiques.

Une proposition plus radicale : les banques centrales nationales pourraient augmenter fortement la masse monétaire par création monétaire exogène (selon la métaphore de Milton Friedman, faire un «helicopter drop» (lâcher de billets par hélicoptères). Concrètement la banque centrale financerait directement la dépense de l'État qui par exemple accorderait des aides financières aux ménages. Cette solution est politiquement complexe à mettre en œuvre parce qu'elle suppose d'acter politiquement que les dettes actuelles seront remboursées en "monnaie de singe". Une telle pratique est ouvertement inflationniste, elle porte tort aux banques et autres acteurs privés qui vivent de la hausse continue de l'endettement et de la création de monnaie par ce biais. En Europe, les dépenses des États nationaux sont particulièrement étroitement surveillées dans le cadre des règles de gestion régissant la monnaie européenne, l'euro, et il apparaît peu plausible que la banque centrale européenne prenne en charge les déficits nationaux.

Cette politique de compensation de la baisse de l'endettement par une hausse de la création de monnaie par la banque centrale est plus facile quand la monnaie de la banque centrale (billets, pièces, réserves obligatoires) représente un pourcentage élevé de la masse monétaire totale. Or, depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les banques centrales contrôlent une part de plus en plus réduite de la masse monétaire. Les billets et pièces, qui représentaient toujours près de 25 % de la masse monétaire en 1950, en représentent désormais moins de 5 % — de l'ordre de 1 % pour les pays développés. Les banques centrales sont par conséquent de moins en moins bien positionnées pour contrecarrer une baisse de l'encours de l'endettement et de la création monétaire privée afférente.

La déflation au Japon

Article connexe : économie du Japon.

Le Japon a connu depuis la fin des années 1990 une situation monétaire spécifique marquée par une période déflationniste.

L'économie japonaise plonge dans la récession après l'éclatement de la bulle spéculative japonaise en 1991. La Banque du Japon décide alors de baisser graduellement les taux d'intérêt jusqu'à 0, 5 % en 1995. Du début de 1999 au milieu de 2000, devenue indépendante du pouvoir central, elle abaisse le taux d'intérêt à 0 % (Zero Interest Rate Policy). En mars 2001, elle adopte une politique dite d'«assouplissement quantitatif» qui tente d'accroître la liquidité et de favoriser le recours au crédit :

Le Japon continue à connaître la croissance pendant cette période, surtout après 2003. En 2006, le Japon semble sortir de la déflation, le premier ministre libéral Jun'ichirō Koizumi déclarant que «l'on observe des signes de sortie de la déflation»[réf.  nécessaire]. Pour la première fois depuis huit ans, les prix ont en effet augmenté pendant trois mois d'affilée en 2005. Cependant, la consommation des ménages salariés a baissé dans le même temps de 4, 7 %. Le 9 mars, la Banque du Japon renonce officiellement au principe de l'assouplissement quantitatif, tout en désormais pour l'instant les taux d'intérêt à zéro. La monnaie japonaise a énormément baissé, sous l'effet des comportements d'arbitrage privés (carry trade) qui empruntent au Japon à des taux faibles pour investir aux États-Unis (surtout) à des taux plus élevés. Le Japon a renoué avec des excédents commerciaux particulièrement importants. Ces deux facteurs indiquent que le Japon a eu tendance à exporter sa déflation ainsi qu'à renouer avec une inflation interne sous l'effet du reste du monde plus que par des modifications internes.

Notes et références

  1. European Macrœconomics, Robert J. Barro et Vittorio Grilli, 1994, chap. 8, p. 142. ISBN 0333577647.
  2. (en) A Plea for (Mild) Deflation, Cato Institute, 1999
  3. OFCE-Sciences politique, Risque de déflation par la dette en Europe ainsi qu'aux États-Unis

Voir aussi

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"6 - La France en déflation"

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