Création monétaire

La création monétaire est le processus par lequel de la monnaie nouvelle est introduite dans le circuit des échanges économiques.



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La création monétaire est le processus par lequel de la monnaie nouvelle est introduite dans le circuit des échanges économiques.

Au plan matériel, cela se traduit par la récolte de biens ayant une valeur reconnue (coquillages, métaux précieux, ... ) ou leur fabrication (frappe de pièces, impression de billets), ou même par un jeu d'écriture dans un ouvrage comptable (inscription d'un montant au crédit d'un client par un établissement financier).

Sous l'empire de la monnaie métallique (argent ou or), la masse monétaire était directement liée à la quantité de métal disponible, selon le destin des mines (découvertes, épuisement, ruée vers l'or) et des autres flux de métal (commerce, pillage, tribut et rançon, etc. ).

Dans le monde contemporain, l'écrasante majorité de la monnaie est, créée par le crédit (émission de dette échangeable) dans les limites qui sont imposés aux établissements de crédits (réserves obligatoires etc. ) et détruite par extinction des dettes sous-jacentes (par remboursement ou autre)  ; la masse monétaire évolue constamment.

Base de la création monétaire

La monnaie est , habituellement, représentative de la totalité des biens économiques qui circulent dans l'économie. Quand la masse monétaire n'est plus adaptée à la quantité de biens échangés, il y a inflation (en cas d'excès de monnaie) ou déflation (moins de monnaie que de biens).

La création monétaire contemporaine n'étant plus contrainte par un élément physique depuis l'abandon de l'étalon de change or, la masse monétaire est potentiellement illimitée, au risque de faire perdre toute valeur à la monnaie, ce qui menacerait l'économie en rendant plus complexes les échanges. La création monétaire est par conséquent encadrée par des règles et des pratiques.

La création monétaire contemporaine fait intervenir trois principaux acteurs

Création par la banque centrale

Mécanisme

Au départ des billets, ils étaient simplement représentatifs d'un stock de métal précieux (or ou argent selon le cas) et échangeable à vue. Mais particulièrement rapidement on trouva commode et légitime d'élargir l'assiette susceptible de servir à l'émission de billet : la doctrine des effets réels[1] justifie qu'on utilise toute sorte de reconnaissance de dette pourvu qu'elle soit bien garantie. Et la banque centrale a toute latitude pour apprécier si les garanties qu'on lui présentent sont suffisantes. Ainsi, les types de biens suivants sont ou ont été acceptés pour servir à l'émission par la banque centrale :

D'un point de vue comptable, les billets qu'émet la banque centrale ne sont rien d'autre qu'une reconnaissance de dette au porteur, inscrit à son passif lorsqu'elle le met en circulation[2]. Chaque billet valant par définition son montant nominal, la banque centrale peut émettre tout autant de billet quelle veut sans déséquilibrer son bilan ; par contre cela ne sera pas sans incidence sur la valeur de la monnaie comparé aux autres biens.

La banque centrale peut émettre tout aussi aisément de la, selon le même mécanisme que tout établissement financier (voir infra).

Limites

La première et principale limite pour l'émission par la banque centrale est sa propre crédibilité. Même si les économistes divergent (surtout entre keynésianisme et monétarisme) sur les effets d'une émission monétaire inadaptée, il y a consensus entre eux pour estimer qu'il y a des effets (inflation ou déflation, bulles financières, Resserrement du crédit, Crise de liquidité, etc. ).

Il y aura trop d'émission si la banque centrale émet des billets sans contrepartie, ou si elle sur-évalue la valeur des biens qu'elle utilise comme contrepartie pour son émission monétaire.

Dans ce cadre les emprunts d'état ont une place spécifique, de par les volumes énormes qu'ils peuvent représenter et les moyens de convictions que l'état peut avoir sur sa banque centrale, pour la convaincre par exemple qu'un titre d'emprunt d'état de 100 € vaut bien 100 €, même si les autres agents économiques plus méfiants ne l'évaluent que 95 € ou même moins. C'est pourquoi diverses réglementations sont en place, limitant l'influence de l'état sur la banque centrale.

Rejet de la planche à billet

La planche à billets : caricature visant la politique inflationniste de l'administration Lincoln pour soutenir les dépenses de guerre après la défaite des Nordistes à Bull Run.

Les abus de création de billets avec les effets désastreux sur l'économie comme par exemple les crises hyperinflations ont conduit les grands États à interdire la création de monnaie par la Banque Centrale pour satisfaire les besoins publics. Les déficits publics doivent dans énormément de pays et surtout dans la zone Euro être financés par l'emprunt. Certains auteurs pensent néanmoins que cette augmentation de l'inflation au delà de certaines limites est due à un abus et n'est pas la règle générale. En effet, malgré le dispositif actuel, on assiste à une augmentation de la masse monétaire mondiale estimée entre 15 et 20% par année sans que l'hyperinflation n'apparaisse. De fait, dans la théorie quantitative de la monnaie, la masse monétaire et l'inflation sont liés par une formule comprenant aussi la vélocité monétaire et la richesse produite : MV = PQ

M représente la masse monétaire, V la «vélocité de la monnaie» (le nombre de fois qu'une unité monétaire change de main chaque année), P le prix moyen des produits vendus chaque année et Q la quantité moyenne vendue chaque année. Ce n'est par conséquent pas la création monétaire elle-même qui crée l'inflation, mais une augmentation de la monnaie disponible MV comparé aux échanges marchands Q.

Dans un dispositif où l'essentiel de la création monétaire dépend des investissements, l'impact de l'augmentation de la création de monnaie fiduciaire est moindre sur l'inflation à court terme, car la diminution des crédits alloués par les banques diminue la quantité de monnaie scripturale disponible pour les investisseurs. Le ralentissement des échanges diminue la vélocité monétaire. La quantité de monnaie disponible est par conséquent faible comparé aux biens sur le marché et la tendance est à la déflation. Les états se sont lancés dans une surenchère de création monétaire fiduciaire, que les banques n'utilisent pas pour soutenir l'investissement qu'elles considèrent risqué : elles l'utilise par conséquent dans la spéculation sur les marchés ce qui est contreproductif en terme de relance économique.

Création par le dispositif bancaire et financier

La monnaie banque centrale déposé sur un compte bancaire reste utilisable aussi aisément que si elle était en poche : quand un client A, disposant d'un compte dans un établissement financier F, souhaite verser de l'argent à un autre client B, il lui suffit d'informer la banque (par un chèque, une communication électronique par carte bancaire, ou tout autre moyen) qu'elle doit diminuer le compte de A et augmenter le compte de B de la même somme. La compensation permet au mécanisme de fonctionner aussi si B est client d'un autre établissement financier G[3].

Tout se passe comme si le droit de tirage que l'établissement F accord à son client A était une monnaie différente, mais de même valeur, que la monnaie banque centrale.

À partir de là, on voit que la création de monnaie scripturale est particulièrement simple : c'est un simple jeu d'écriture comptable d'augmentation des sommes au crédit du client A, légitime tant que les règles comptables sont respectées. La destruction de cette monnaie est tout aussi facile.

Un simple dépôt de billets dans une banque crée de la monnaie scripturale, pour le montant ajouté au crédit du client.

Or, dans ce cas, les billets de banque de la banque centrale qui ont été déposé n'ont pas disparu pour tout autant. La quantité de monnaie totale en circulation a doublé. La banque peut utiliser comme elle l'entend les billets qui sont en dépôt chez elle , pour tout autant qu'elle respecte la possibilité pour le client de retirer son argent dans le délai convenu (à tout moment et immédiatement pour un dépôt à vue, surtout).

Inversement chaque événement qui diminué le montant du compte d'un client sans augmenter celui d'un autre (un retrait d'argent par exemple) détruit la monnaie scripturale pour le montant correspondant.

Quand une banque reçoit un dépôt de monnaie banque centrale, elle inscrit la somme au crédit de son client et parallèlement elle augmente son passif, les deux opérations signifiant d'un point de vue comptable que la banque a une dette envers le client et les moyens de le rembourser.

Mais le mécanisme fonctionne toujours si le client, au lieu de faire un dépôt de monnaie banque centrale, dépose n'importe quel autre bien de valeur : actions, compte d'assurance-vie ou dans un autre compte bloqué dans un autre établissement financier, titre de propriété foncière, or, bijoux, stock commercial, etc. tout bien peut convenir. Il suffit à la banque de compter la somme au crédit et d'inscrire le bien déposé en garantie à son passif. Moyennant certaines précautions, la banque peut même accepter en garantie un bien qui n'existe pas encore, par exemple une maison à construire, une créance sur une opération commerciale toujours non dénouée, ou une récolte future. Ou encore le simple engagement de la part d'une personne qu'elle estime fiable (caution).

La monnaie correspondante disparait au fur et à mesure que le compte du client diminue suivant l'échéancier de remboursement prévu, alors que parallèlement le montant inscrit au passif de la banque diminue.

Limites

La création monétaire par ce procédé reste soumise à des contraintes pratiques ou réglementaires qui la maintiennent dans certaines limites

Le Fonds monétaire international

Le FMI fonctionne, à l'égard d'un état, comme une banque à l'égard d'un client : si il lui fait suffisamment confiance, il peut lui accorder un crédit, qui forme une émission de monnaie. La monnaie créée sera détruite lorsque le pays aura remboursé son prêt.

Les droits de tirage spéciaux (DTS) sont la monnaie qui sert d'unité de compte pour le FMI.

Autres

Les établissements de crédit ne sont pas les seuls à émettre de la monnaie fiduciaire. De la monnaie ou quasi-monnaie, en quantité proportionnellement infime et presque négligeable, est aussi émise par d'autres agents économiques.

Cette monnaie peut prendre la plupart de formes, scripturales ou matérialisée par un objet représentatif : bons d'achat, chèques-cadeaux, "points" comme les Nintendo Points ou les miles, tickets de kermesse ou jetons de casinos, crédit d'heures, crédit mutuel...

Les émetteurs sont tout aussi divers : entreprises, associations, Système d'Echange Locaux, etc.

L'émetteur contrôle sa monnaie et lui applique les règles qui lui semblent adaptées ; il peut en contrôler le taux de change et la convertibilité, lui donner les caractères d'une monnaie fondante, donner des droits de tirage fixe ou progressifs au participants (dividende Universel, capital d'origine "offert" aux participants de jeux en ligne, ... ).

Quand la quantité de monnaie ainsi émise devient significative, les autorités exige que l'émetteur se soumette aux régulations ordinaires des établissement de crédits, tandis qu'elle peuvent être assez tolérante pour la même activité exercée plus modestement (ce qui par exemple conduisit PayPal à s'adapter).

Critiques des méthodes actuelles de création monétaire

Murray Rothbard, élève de Ludwig von Mises et aussi membre de l'école autrichienne d'économie a dénoncé le dispositif de réserves fractionnaires, en visant spécifiquement Milton Friedman, comme dans Milton Friedman unraveled en 1971[5]. Il critique le processus de création de monnaie par le dispositif de réserves fractionnaires pour ses effets inflationnistes et assimile la création de monnaie ainsi faite à de la «magie»[6].

Plus il y a peu de temps, Maurice Allais considérait en 1999, dans La Crise mondiale actuellement comme «inappropriée» la structure de création monétaire actuelle[7]. Il considère le dispositif actuel comme instable et risqué, les engagements et les créances n'étant pas obligatoirement au même horizon et le risque d'un retrait massif de liquidités par les épargnants étant toujours envisageable. Ainsi, selon Allais, «L'économie mondiale tout entière repose actuellement sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile». Il nomme de ses vœux un dispositif où la création monétaire ne relève que de l'État, dans un cadre de régime de change fixe.

James Robertson et d'autres auteurs altermondialistes souhaitent ramener le processus de création monétaire sous le contrôle de l'État et jugent que le dispositif actuel n'est pas aligné «sur des principes de justice économique et sur les réalités de l'ère de l'information, à tel point que la confiance dans la démocratie même en est sérieusement ébranlée»[8] Et d'ajouter : «Le fait que ces banques commerciales créent toujours ces fonds libellés en devises officielles et que cette création de monnaie génère des bénéfices revenant au privé forme un anachronisme flagrant». Il préconise aussi que les banques centrales soient seules créatrices de monnaie et que la monnaie créée soit affectée aux dépenses publiques. Les banques de second rang n'auraient plus la possibilité de créer de la monnaie par l'emprunt, le tout dans un dispositif contrôlé par une banque centrale mondiale qui «devrait rendre compte aux gouvernements membres».

Une solution nommée crédit social ou dividende universel préconisée par certains libéraux démocrates et historiquement due à Clifford Hugh Douglas est que toute création de monnaie libre de dette (augmentation de la masse monétaire centrale) soit distribuée à la totalité des citoyens de façon idéalement équitable, et que la monnaie créée par l'emprunt (monnaie temporaire) soit mécaniquement limitée à deux fois la masse monétaire centrale (monnaie permanente).


Voir aussi

  • Devise (monnaie) et zone monétaire :
  • Histoire de la monnaie.
  • Masse monétaire

Sources

Notes et références

  1. expression où effet est à comprendre au sens de commercial, comme un effet de commerce, autrement dit une créance.
  2. Situation financière consolidée de l'Eurosystème au 20 août 2010
  3. dans ce cas l'opération est décomposée en trois temps, en premier lieu réduction du crédit de A et augmentation du crédit de G dans les comptes de F, compensation entre les soldes respectifs de G chez F et de F chez G avec si indispensable transfert de fond de F vers G, enfin augmentation du crédit de B chez G
  4. L'écart entre le taux d'emprunt sur le marché interbancaire (l'Eonia par exemple) et le taux de la banque centrale est le plus souvent faible (exceptions faites des périodes de crise de liquidité), mais il est un peu positif
  5. (en) Milton Friedman unraveled, 1971, paru dans The individualist et repris sur le site de Lew Rockwell
  6. Fractional Reserve Banking, Murray Rothbard in The Freeman , 1995
  7. Maurice Allais, La crise mondiale d'aujourd'hui - Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires, Éditions Clément Juglar
  8. James Robertson & John Bunzl, en anglais Monetary Reconstitu - Making it Happen, et traduction française La réforme monétaire – Bientôt une réalité !

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